‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 2)Chapitre 60 sur 191 · PARTIE I , LIV, IV, CHAP. XXXIII. 1 1 g · texte numérisé non relu

PARTIE I , LIV, IV, CHAP. XXXIII. 1 1 g

autre considération , et je ne puis te la cacher plus long-temps : en un mot , j'ai vaincu , Anselme , et je puis me vanter que Camille n'est plus si farouche. Je ne t'en ai pas averti plus tôt parce que je n'étais pas encore assuré si ce que jeprenaispour faiblesse en ta femme, n'étaitpoint une ruse pour éprouver si je parlais tout de bon; je m'attendais toujours que tu me viendrais dire qu'elle t'a averti de tout , comme le devait faire une femme d'honneur; mais puisqu'elle ne t'a parlé de rien, je ne doute plus qu'elle n'ait envie de me tenir la parole qu'elle m'a donnée , de me laisser toute liberté de l'entretenir seul à seul , la première fois que tu iras à la campagne; mais, Anselme, c'est un secret que je te confie, et qui ne doit pas te donner d'emportement; car^ après tout, Camille ne t'a point encore offensé; et elle peut: revenir d'une faiblesse que tu crois si naturelle aux femmes. Jusqu'ici tu t*es bien trouvé de mes conseils, sers- toi de celui que je vais te donner : fais croire à Camille que tu vas aux champs pour deux ou trois jours, et trouve moyen cependant de te cacher dans sa chambre ; nous verrons ce qu^elle fera , et quelle résolution tu dois prendre.

Il n'est pas aisé de dire ce que sentit Anselme à une nouvelle si désagréable : il demeura tout éperdu , les yeux baissés en terre , et comme un

homme sans sentiment. Â la fîji , regardant tristement Lôthaire : Vous avez fait , lui dit-il ^ ce que j'attendais de votre amitié , voyez niaintenant ce qu'il faut que je fasse ; je m'abandonne entièrement à votre conduite. Lôthaire ne sachant que lui dire dans l'état où il le voyait , l'embrassa et sortit assez brusquement. Mais il ne fut pas plutôt parti qu'il commença à se repentir de ce qu'il venait de faire en exposant si inconsidérément Camille ^ dont il eut pu se venger avec moins de honte et de péril pour elle. Cependant^ ne pouvant plus empêcher que la chose ne fût faite , ni trouver le moyen de ht raccommoder , il se résolut de l'en avertir ellemênxe ^ et comme il lui pouvait parler à toute heure, il le voulut faire dès le même jour. Anselme était déjà sorti de chez lui quand Lôthaire y entra, et Camille se voyant seule avec lui : Ah^ mon cher Lôthaire l lui dit-elle , que j'ai sur le cœur une chose qui me fait de peine, et que j'en appréhende les suites T Léonelle a un amant, et elle a si bieaperdu toute honte, qu'elle ne craint pas de le faire venir toutes les nuits dans sa chambre, où il demeure jusqu'au jour. Voyez , je vous prie , à quoi m'expose cette malheureuse fille , et ce que pourront penser ceux qui verront sortir cet homme à une telle heure ? Mais ce qui m'embarrasse le plus, c'est de me voir con-

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