‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 2)Chapitre 61 sur 191 · PARTIE I, UV. IV, CHAP. XXXIII · texte numérisé non relu

PARTIE I, UV. IV, CHAP. XXXIII

traînte de dissîmHler , parce qu'en la voulant châtier de san insolence ^ je ferais peut-être un éclat qui retomberait sur moL Cependant je suis absolument perdue si cela ne change ; songez y jç vous prie , à y mettre ordre.

D'abord que Lothaire entendit parler Camille, il crut que ce n'était qu'un artifice pour lui faire croire que celui qu'il avait vu sortir le matin était l'amant de Léonelle ; mais, la voyant toute-en larmes,, il ne douta plus qu'elle ne dît yrai , et ne fut pas moins affligé qu'elle-même, n lui apprit en3uite que ce n'était pas là le plus grand de leurs maux, et lui demandant cent fois pardon de ses soupçons et de*ses emportemens, il lui avoua ce que la jalousie l'avait forcé de dire à Anselme , et qu'il l'avait fait résoudre à se car cher pour être témoin du reste.

Peu s'en fallut qu'un coup si terrible n'achevât d'accabler Camille;, maîs; comme si la colère Teût soutenue ,. elle s'emporta avec fureur contre Lothaire y et lui dit mille injures ; elle se reprocha à elle-même sa mauvaise conduite , et fit des résolutions si étranges , et dit tant de choses , que Lothaire , tout confus ^ se jeta à ses pieds sans oser la regarder et sans savoir que lui répondre. Ses larmes et son silence apaisèrent enfin Camille, qui trouvant en même tem^ps dans son esprit de quoi réparer l'imprudence de son

amant , ne le jugea pas si coupable , et lui pardonna une faute qu'il n'eût peut-être pas faite s'il ne l'eut trop aimée. Elle lui dit seulement qu'il ne manquât pas de faire en sorte qu'Anselme se cachât le lendemain dans son cabinet ; et que selon ce qu'elle avait projeté , elle était assurée qu'ils se verraient à l'avenir avec plus de liberté que jamais. Lothaire eut beau la presser, elle ne s'ouvrit pas davantage de crainte qu'il ne trouvât à redire à ce qu'elle avait pensé ; mais elle l'avertit de venir sitôt qu'elle le jEeraît appeler , et de répondre à tout ce qu'elle lui dirait , comme s'il ne croyait pas qu'Anselme l'écoutât.

Le lendemain Anselme monta à cheval , sur le prétexte d'aller voir un de ses amis à la campagne , et rentrant aussitôt , il s'alla cacher dans la chambre de sa femme , où il s'acconunoda comme il voulut , sans être troublé de Camille et de Léonelle , qui lui en donnèrent tout le loisir ; et ces deux honnêtes personnes , après l'avoir laissé quelque temps dans les frayeurs que peut avoir un homme qui va s'assurer par ses propres yeux de la perte de son honneur , entrèrent enfin dans la chambre.

A peine Camille y eut-elle mis le pied , qu'elle fit un grand soupir , et dit à Léonelle : Hélas! ma chère amie , tu ne devinerais jamais pourquoi je t'ai demandé le poignard de mon mari , et je fe-

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