‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 2)Chapitre 75 sur 191 · PARTIE I, LIV. IV, CHAP. XXXV. l4g · texte numérisé non relu

PARTIE I, LIV. IV, CHAP. XXXV. l4g

ae me trompe, emmènent malgré elle. Pour moi , à voir 3on habit , je pense que c'est une religieuse , ou qu'elle va Yétre ; et c'est peut-être parce qu'elle n'aime pas la religion ^ qu'elle est si mélancolique.

Cela pourrait bien être, dit le curé ; et sortant de récarie, il alla chercher Dorothée, qui ayant ouï soupirer cette dame masquée, s'était approchée d'elle pour lui offrir tous les soins qu'on

peut attendre d'une femme. Mais quelques efforts qu'elle fît, elle ne put jamais l'obliger à lui répondre, jusqu'à ce que le cavalier qui l'avait descendue de cheval s'approcha d'elle et dit à Dorothée : Ne perdez point le temps ,^ madame , à faire des honnêtetés à une ingrate ^ qui ne sait ce que c'est que de reconnaissance ; et ne la forcez point de parler, si vous n'avez envie d'entendre dire des mensonges. Je n'en ai jamais dit, repartit fièrement la dame affligée , et ce n'est que pour avoir été trop sincère que je me trouve réduite au mauvais état où je suis ; mais je n'en - veux point d'autre témoin que vous-même , qui ne me faites tant de persécutions que parce que je n'ai rien voulu faire contre la vérité.

Ah ! Dieu , quelle voix est-ce là ? s'écria Cardenio , qui ouït bien distinctement tout ce discours qu'on faisait à la porte de sa chambre. Au

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cri de Cardenio , cette dame leva la tête , et voulut se lever pour y entrer , maïs elle en fut empêchée par le cavalier qui était auprès d'elle. Cependant dans le trouble et l'agitation où elle était, le voile qu'elle avait sur sa tête tomba, et fit voir , malgré son inquiétude et la pâleur qui lui restait, une beauté incomparable. Le cavalier , qui la tenait par les épaules , était si occupé à la retenir, de crainte qu'elle ne se levât, qu'il laissa aussi tomber son masque sans oser y porter la main; et Dorothée, qui tenait cette dame embrassée , ayant en même temps levé les yeux , vit que c'était don Fei^nand , et ne l'eut pas plutôt reconnu qu'elle fit un grand cri et tomba évanouie. Le curé alla promptement pour la secourir, et comme il lui eut découvert le visage pour lui donner de l'air , don Fernand fut bien surpris de voir que c'était Dorothée. Il demeura tout troublé de cette aventure , mais il ne laissa point aller Luscinde , qui était celle qu'il tenait, et faisait tous ses efforts pour se retirer de ses bras , depuis qu'elle avait reconnu Cardenio^ au cri qu'il avait fait. Cardenio , de son côté y ayant entendu le cri de Dorothée , et croyant que ce fût Luscinde , qu'il avait déjà reconnue à sa parole , sortit de sa chambre , tout effrayé , et le fut bien davantage quand il vit Luscinde entre les bras de don Fernand , qui ne fut pas peu étonné aussi

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