‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 2)Chapitre 77 sur 191 · PARTIE I, LIV. IV, CAAR XXXV. l · texte numérisé non relu

PARTIE I, LIV. IV, CAAR XXXV. l

la tendresse ; mais, vous vous en souvenez , seigneur^ je ne me rendis qu'à Thonneùr d'être votre femme , et sur la foi que vous me donnâtes , après avoir pris le ciel à témoin , par des sermens qu'on ne peut violer. Depuis cela , qu'aije fait , seigneur > pour me voir abandonnée ? Me haïsses - vous parce que je vous ai trop aimé, et m'abandonnez -vous parce que vous m'avez rendue malheureuse ? Vous avez souhaité que je fusse à vous , et je l'ai bien voulu quand vous m'avez protesté que vouB étiez à moi , par ce qu'il y a de plus saint. Trahirez-vous , seigneur, tout d'un coup tant d'amour , et , si j'ose le dire , tant de vertu ? Mais enfin vous ne pouvez vous donner à Luscinde , puisque vous êtes à moi , et Luscirtde ne saurait être à vous , puisqu'elle est à Cardenio. Rendez-les donc Tun à l'autre , comme un bien où vous n'avez point de droit ; et rendez-moi don Fernand , que j'ai acquis ^ar des voies si légitimes , et que personne ne me dispute. Hélas! seigneur, je n'ai cherché qu'à mourir , depuis que je l'ai perdu.

Dorothée dit ces paroles d'une manière si touchante, et les accompagna de tant de larmes, qu'il n'y avait personne qui n'en fût attendri. Don Fernand l'écouta attentivement sans lui rien dire , jusqu'à ce que voyant qu'elle recommençait à pleurer, et qu'elle s'affligeait de telle

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sorte qu'il semblait qu'elle allât mourir de douleur, il se sentit si vivement touché, que, ne pouvant tenir contre tant de raisons ^ ni résister au mpuvement de son cœur, il s'en alla à elle les bras ouverts , et lui cria : Vous avez vaincu , belle Dorothée, vous avez vaincu. Cependant Luscinde , que don Fernand avait quittée, lorsqu'elle ne s'y attendait pas , fut sur le point de tomber ; mais Cardenio , qui s'était toujours tenu derrière don Fernand , la retint , en lui disant : Belle Luscinde, puisque le ciel permet enfin qu'on vous laisse en repos , vous ne sauriez mieux être qu'entre les bras d'un homme qui vous a si tendrement aimée toute sa vie.

Luscinde tourna la tête à ce discours , et achevant de reconnaître Cardenio , se leva toute transportée de joie, et l'embrassa tendrement, sans songer à ce qu'on en pouvait dire. Quoi! c'est vous, mon cher Cardenio! dit-elle ; est-il possible que je sois assez, heureuse pour revoir encore une fois la seule personne que j'aime au monde ? Les caresses que Luscinde fit à Cardenio, furent un étrange spectacle pour don Fernand , et Dorothée , qui avait toujours le;5 yeux sur lui , s'aperce vant qu'il changeait de couleur, et jugeant à sa contenance qu'il songeait à mettre la main à l'épée, s'alla promptement jeter à ses pieds , et lui embrassant les genoux : A quoi pen-

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