CHAPITRE XXXVI
Suite de l'histoire de l'iafante Micomicona , etc.
Sancho Pança , qui regardait attentivement tout ce qui se passait, était désespéré de voir que toutes ses espérances s'en allaient en fumée depuis que la princesse de Micomicon était changée en Dorothée, et le géant Pandafilando en don Fernand , pendant que don Quichotte dormait et ronflait à son aise sans s'inquiéter de tous ces événemens dont il n'avait aucune connaissance. Dorothée se trouvait si heureuse dans le changement de sa fortune , qu'elle ne savait presque si ce n'était point un songe ; et Gardenio et Luscinde , qui n'avaient pas moins de joie qu'elle , ne pouvaient comprendre qu'un instant eût terminé tous leurs malheurs , €t regardaient cette aventure comme un miracle. Don Fernand j de son côté , rendait grâce au ciel de lui avoir donné moyen de se reconnaître et de sortir d'un embarras où il courait tant de risques ; et tous ceux qui étaient présens avaient un contentement incroyable de voir réussir des affaires si désespérées , et la joie et le repos succéder à tant de disgrâces. Le curé , qui était prudent et
l6o DOîî QUICHOTTE.
adroit, ajustait admirablement toutes choses : il entretenait tantôt Tun , tantôt l'autre , et donnait à chacun en particulier la gloire d'avoir causé le bonheur dont ils jouissaient tous. La plus contente parmi tout cela était l'hôtesse , à qui Cardenio et le curé avaient promis de payer tout le dégât qu'avait fait don Quichotte.
Le seul Sandbo était triste et affligé , comme j'ai déjà dit; et entrant tput mélancolique dans la chambre de don Quicl^tte , qui venait de s'éveiller : Votre seigneurie, lui dit-il , peut doi>mir àson aise, seigneur de la Triste-Figure, sans vous embarrasser l'esprit du soin de remettre la princesse de Micomicon daiis son royaume , ni de conibattre des géans; tout cela est déjà fait et conclu. Je le crois , dit dopi Quichotte , puisque je sors tout fraîchement d'avec ce géant coxitre qui j'ai fait le plus épouvantable combat qu'on ait vu depuis }oog-temps, et que d'un seul jrevers je lui ai trajaché la tête. Je t'assure que le sang courait par terre comme un torrent d'eau .qui jtomJ^ du haut d'une montagne. Dile^ plutôt , jpaonsieur, comme un torrent de vin rouge, dit Sai^cho ; car , si vous ne le savez , le géant jBtftit n^ g^and cuir de bouc que vous avez percé, ejb ^e sang qui coulait , six mesures de vin qu'il ayajit 4ans le ve^ntre ; et pour la tête coupée , autant en emporte le vent. Hé , . qu'est - ce que tu