‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 2)Chapitre 81 sur 191 · PARTIE I, ïilV, IV, CHAP- XXXVI. ifîi · texte numérisé non relu

PARTIE I, ïilV, IV, CHAP- XXXVI. ifîi

dis-là, Sancho! es- tu fou? repartit don Qui-; chotte. Levez*- vous seulement , monsieur, çéri pondit Sancho ^ vous verrez le bel exploit que;, vous avez fait , et de la besogne qui nous cpût^ t^, plus cher qu'au marché; la reines convertie ^«rt» une femme toute sit&|>le ,.- qui s'appelle J^om-r, thée, et bien d'autr^gs choses qui vous étonii^ ront.

Vraiment , je n'ai garde de m'en étonner ,< ré-, pliqua don Quichotte : . est-ce que tu ne te soufviens plus de Tautre fois que nous vîïîmes ici^ ert qu'il ire s*y passa rien qui ne se fît par enchaa^. tement? pourquoi ne veux-tu pas que ce soit aujourd'hui Ja même chose ? Je le croirais, bien , dit Sancho , si je n'avais remarqué que mon bernement n'était pas une imagination ; car je remarquai fort bien que l'hôte qui ^st ici préseiit tenait un des coins de la mante, çt letraîtçe iiue poussait plus vigoureusement que tous les autres^ , en riant de toute sa force. Or, pour moi , je tiens (jue quand on reconnaît les gens , il n'y a point d'enchantement, et que c'est seulement unemauvaise aventure. Hé bien , que ce soit cq qu'il pourra, dit don Quichotte, Dieu y remédieraj» Mais, cependant^, donne -moi mes habits , que je me lève, et que j'aille voir toutes ces^traps^ formations dont tu parles. . ,..

Pendant que don Quichotte s' habilli^it, le cui^e

T. II. li^

iSa DÔK QUICHOTTE.

apprenait à don Ferhand et aux autres quel homme c'était, et l'artifice dont il avdit fallu se servir pour le tirer -de la Roche - Pauvre , bù il s^^tàit retiré à caitôe.dés ppi^tekidus mépris de sa datae. Il leur raconta aussi toutes les avehtures que Sancïio lui âS^aitv apprises , dont ils rirent tous de bon cœur, sans cesser d'admirer- ttfte folie d'un genre si extraordinaire. Après qu'ils en eurèht bieii ri y- lé curé dît qu'il fallait chercher ùné nouvelle inv^tition poiir obliger doh Quichotte de rétourner chez lui , ptrisquie le changertient de condition de la belle Dorothée empêchait qu'on n'achevât ce qu'on avait commencé. Gardeniô répondit qu'il ne fallait que continuer le même dessein, et que Luscinde priendirâit la place dç Dorothée; Mais doh Fernand voulut que Dorothée achevât ce qu'elle avait entrepi^is , et dit qu'il serait bien aise de contribuer à la guérison du pauvre gentilhomme, puisqu'ils n'étaient pas loin de sa maison.

Gomme don Fernand parlait encore, don Quichotte parut armé de toutes pièces , l'armet de Mambrin eh tête, quoique tout enfoncé, embrassant son ëcu j et s'appuyant sur sa lance. Cette étrange figure surprit extrêmement don Femand et ceux qui n'avaieiit point encore ^ia notre cavalier. Ils considérèrent quelque temps ce visage long d'une aune, sec et basane, le bi-

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zarre assemblage de ses armes, et cette contenance fiète ; et ils attendirent en silence ce que ce fantôme avait à leur dire. Don Quichotte , arrêtant ses yeux sur t)orothée , lui dit d'une voix grave et d'un ton sérieux :

Madame^ je viens d'apprendre par mon ëcuyer combien votre grandeur s'est ravalée , puisque de reine qfue vous étiez , vous n'êtes plus qu'une simple daime. Si cela s'est fait par l'ordre du grand eiichantèur, le roi votre père , qui a craint que je n^ fusse point Capable de vous donher tout le secours nécessaire, je n'ai rien à dire, si ce n'est qu'il ^^est Ixompé, et qu'il était bien peu savant dans les histoires de chevalerie ; car s'il les eût Iti^ ietrepa^sées aussi souvent, et avec autant 'd'attention .que )«• Par fait ,^^ il aurait TU qu'elle^ sont pleines d'évékxèinettA.'beauto'up plus &tir]^rén'àns , et que ' quantité i de - chevaliers , satis Vanité , de innbiiklre imputation ^que^ moi ^ ifni achevé des aventures initbiivpat^slblement plus cBfficileSi Ce «'est pas unsî-^grimd miracle, que Ton'pertse qùé de venir à bôutif ùti^gëapt ^ quelque fôWfe^^ïû'fl àît i et de qo^lqûe/ taillfi qu'il puisse être : il n'y ^ pas lot]tg+temps que je me suis éprouvé tôntre nti de ces fiers-à-bras ; mais je «'eu' dis pas davantage, car je ne prendrais pas plàisii7'qii*<in vînt à ta'accuser de mensonge. Vous vous êtes éprouvé avec deux boucs de vin,

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et non pas avec un géant , s'écria Thôte. Il en eût bien dit davantage si don Fernand ne l'eût fait taire ^ et don Quichotte poursuivit : Je dis enfin , très-haute et déshéritée dame , que si ce n'est (jue pour la raison que je viens de dire que le roi votre père a fait cette métamorphose en votre personne , vous ne devez point craindre de vous mettre entr^ mes mains , car il n'y a point de danger sur la terre dont je ne vienne à bout avec cette épée; et c'est avec elle que mettant à vos pieds la tête de votre redoutable ennemi , je vous rétablirai dans peu sur le trône de vos ancêtres , et y ous en rendrai paisible héritière.

Don Quichotte se tut pour attendre la réponse de la princesse ; et Dorothée sachant qu'elle faisait plaisir à don Fernand de continuer le dessein qu'on avait entrepris, répondit sérieusement et :d'un air de princesse : Quiconque vous a dit que je suis transformée ^ vaillant chevalier de la Triste-Figure , il ne vous a assurément pas dit la vérité, car je suis aujourd'hui la même que j'étais hier. Il est y éritablenaent arrivé quelque changement agré2^t>le dans ma fortune, mais cela n'empêche pas que je ne sois que ce que vous m'avez vue, et que je, n'ajie ,touJQurs la même envie de me servir de Jfi valeur et de la force de votre bras invincible , pour remonter

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