‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 2)Chapitre 84 sur 191 · PART. I, MV, IV» CHAP. XXXVI · texte numérisé non relu

PART. I, MV, IV» CHAP. XXXVI

elle baissa la tête pour marquer qu'elle se sentait obligée, et qu'elle faisait un remerciment; et son silence et sa manière de saluer firent croire qu'elle était More , et qu'elle ne savait pas Tespagnol. : .

Cependant l'esclave, qui jusque-là avait été occupé à antre chose , voyant que les dames parlaient à la More « s'approcha d'elles y et leur dit : Mesdames , cette jeune demoiselle n'entend pas Hen la langue et n'en parle point d'autre que la sienne , et c'est pour cela qu'elle ne répond pas à vos demandes. îïous ne lui demandons rien , dit Luscinde ; mais nous lui offrons no.tre Compagnie pour cette uuit , et de l'accomoder de tout ce qui lui sera nécessaire, autant qu'il dépendra de nous, et que le lieu le perme t. Je vous rends grâces , mesdames , et pour elle et pour moi , de vos honnêtetés , répliqua le captif, et je les estime d'autant plus, que je vois bien qu'elles sont faites par des personnes démérite. Dites-moi, je vous prie, monsieur, dit Dorothée , cette daihe-là est-elle More ou chrétienne? son habit et son silence nous, font croire qu'elle n'est pas de notre religion. Elle est More de naissance , répondit l'esclave , mais dans l'âme elle, est chrétienne^ et ne souhaite rien tant que de l'être rffectîvement. Quoi ! elle n'est pas baptisée ? interrompit Luscinde. iNbus

n'avons pas encore trouvé l'occasion de la faire baptiser , répondit l'esclave , depuis qu'elle est partie d'Alger, qui est sa patrie, et nous ne l'avons pas voulu faire avant qu'elle soit bien instruite de notre religion ; mais s'il pMt à Dieu , elle sera bientôt baptisée avec toute la solennité que mérite sa condition , qui est plus relevée que son habit et le ip^en ne le téinoignent. Ce discours donna envie à tous ceux qui l'entendaient de savoir qui étaient le captif et la belle More ; mais personne n'osa le demander , parpe qu'on crut qu'il était plus à propos de les laisser reposer. Dorothée prit la Moresque par la main , et l'ayant fyAt asseoir auprès d'elle , la pria de lever son voile. La Moresque regarda le captif, comme pour lui demander ce que l'on souhaitait d'elle , et ce qu'il fallait qu'elle fît. Il lui répondit en arabe , que ces dames la priaient de lever son voile ; et lui ayant dit de le faire, elle fit paraître tant de beauté, que Dorothée la trpuva plus belle que Luscinde , et elle parut aux yeuide Luscinde plus belle que Dorothée. Ëniin , tous ceux qui la virent demeurèrent d'accard qu'elle n'était pas moins belle que les deux autres , et comme c'est un effet ordinaire de ia beiaiuté de s'attirer le cœur et Fàffection de tout le monde , il n'y eut personne qui'''ne s'empre^àt^ auprès de la belle More ;

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