PARTIE I, tIV. IV, ÇHAP. XXXVIII. l
dMis ses armées ; car il est aujourd'hui fort dif^ ficile d'entrer dans sa maison; ôt quoique la guerre n'enrichisse pas beaucoup ceux qui en font le métier, elle dooné au moins de la réputation et de la gloire. Dan^ huit jo.urs au plus talrd vos parts seront prêtes , et jia vous ks donnerai en argent, sans qu'il y man<|ue rien. Yoilà ce que j'avais à vous proposer ; dites-moi à présent quel est votre sentiment, et si vous avez envie de suivre mon conseil ?
. Mon père se tut , après m'avoir ordonné de répondre , parce que je suis l'aîné. Je le priai instamment de ne se point défaire de son bien , dont il pouvait faire tel usage qu'il lui plairait sans que nous y trouvassions à redire , et que nous étions assez jeunes pour en acquérir ; et en finissant je lui témoignai que j'avais dessein de porter les armes, s'il le trouvait bon. Mon second frère lui fit les mêmes prières que moi , et prit le parti d'aller aux Indes ; et le plus jeune, et apparemment le plus sage, dit qu'il souhaitait être d'église, et d'aller à Salamanque achever ses études. Nous étant ainsi accordés comme de concert à contenter les sentimens de mon père, il nous embrassa chèrement tous trois ; et dans le temps qu'il nous l'avait promis, il nous donna chacun notre part ep argent , qui allait , si je m'en souviens bien , à trbis mille ducats , un de nos
oncles ayant acheté tout notre domaine, afin qu'il ne sortît point de la maison.
Tout étant prêt pour notre départ, nous:nou& séparâmes tous trois de mon père en même jour; mais faisant scrupuk de laisser ce bon père avec si peu de bien dans un âge fort avancé, je Fôbiigeai , à force de prières , de prendre deux mille ducats des miens , Jui faisant voir que j'ayais as* sez du reste pour me mettre en équipage. Mes frères, touchés de cet exemple, lui laissèrent aussi chacun mille ducats, outre sa part qu'il avait conservée en fonds de terre. Nous primes donc congé de mon père et de mon oncle , qui, après nous avoir donné toutes les marques imaginables de leur aSection , nous chargèrent surtout de leur faire savoir souvent de nos nouvelles. L'un prit le chemin de Salamanque, l'autre c^lui de Se ville, etje m'en allai à Aiicante, où je trouvai un vaisseau marchand de Gènes , qui ëtait venu charger de la laine , dans lequel je m'embarquai. Il peut y avoir à cette heure environ vingt-deux ans que je suis sorti de chez mon père ; et dans tout ce temps - là je n'ai pu avoir de nouvelles , ni de lui , ni de mes frères , quoique j'aie écrit plusieurs fois.
Nous arrivâmes heureusement à Grênes , d'où j'allai à Milan ; et après m'étre mis en équipage , comme je me résolvai d'aller prendre parti en