‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 2)Chapitre 93 sur 191 · PARTIE I, U\. IV, CHAP. XXXVIII · texte numérisé non relu

PARTIE I, U\. IV, CHAP. XXXVIII

Piémont , )^appriwS sur le chemin d' Alexandrie de là Paille , que le duc d'Albe passait en Flan-* dre. Cette nouvelle me fit changer de dessein : j'allai servir sous ce grand capitaine, et je le suivis dans toutes les batailles qu41 donna. Je me trouvai à la mort des comtes de Horn et d^Egmont, et je fus enseigne dans la compagnie de don Diego d'Urbina. Quelque temps après que je fus arrivé en Flandre, le bruit courut que le Pape, l'Espagne et la république de Venise s'étaient ligués contre le Turc , qui venait dé prendre le royaume de Chypre sur les Vénitiens ; que son altesse don Juan d'Autriche , frère naturel du > roi, était général de la ligue, et que l'on faisait de grands préparatifs pour cette guerre. Cela me fit changer de résolution, et me donna l'envie de voir une journée qui devait être célèbre; et quoique je fusse presque assure d'avoir une compagnie à la première occasion , je renonçai à cette espérance , et m'en allai en Italie. Heureusement pour moi, don Juan d'Autriche venait d'entrer à Gênes lorsque j'y arrivai , et il s'embarquait pour Naples , où il devait joindre l'armée des Vénitiens ; ce qu'il ne fit qu'à Messine» On me donna une compagnie d'infanterie , et je me trouvai à cette grande et fameuse journée , si heureuse à la chrétienté, et qui désabusa tout le monde de l'opinion qu'on

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avait que les Turcs étaient invincibles ^r mer;: cette journée si «glorieuse à l'Europe ^et cjuixen-' versa si bien, l'orgueil des Ottomans.

Parmi tant de gens heureux ^ dont les uns jouissent d*une grande victoire, et les autres avaient donné leur vie pour la religion, je vog vis le seul malheureux , et je fus fait prisonnier, Uchialy , roi d'Alger , corsaire vaillant., et favorisé de la fortune, s'étant rendu maître de la capitane de Malte , où il n'était iresté que trois chevaliers , et encore tout couverts de blessures, la capitane de Jean Âiïdrea, sur laquelle j'étais, alla pour la secourir. Je sautai d'abord dans la galère d'Uchialy, qui s'éloigna en même temps de la nôtre , et pas un de mes soldats ne me pouvant suivre , je me trouvai seul au pouvoir des Turcs, qui m'ayant blessé en plusieurs endroits , me firent esclave. Uchialy se sauva ensuite , comme vous l'avez su*, . avec toute son escadre , et je perdis ainsi la liberté dans une journée qui la donna à quinze mille chrétiens qui étaient à la chaîne dans les galères turques.

Je fus mené à Constantinople , où Selim fit mon maître général de la mer , pour avoir fait vaillamment dans la bataille, et remporté l'étenrdard de la religion de Malte. L'année suivante , qui fut en i552, je me trouvai à Navarin , ramant dans la capitane appelée les Trois-Fanaux,

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