PARTIE I, LIV. ra, CHAP. XIV. l6l
inutiles » dit don Quichotte , et tâchons tous deux de tirer désforces de notre faiblesse. Voyons un peu comment se porte Rossinante. Ce pauvre animal , à ce qui me paraît , a eu sa bonne part de Tayenture. Le voilà bien malade , ma foi ! reprit Sancho, pourquoi en serait-il exempt? est-il moins chevalier errant que les autres ? ce n'est pas là ce cjui m'étonne , c'est de voir que ma monture s'en soit sauvée sans qu'il lui en
coûte seulement un poil , pendant qu'il ne nous reste pas à tous trois, une côte entière. Dans les plus grandes disgrâces , répliqua don Quichotte, la fortune laisse toujours quelque porte pour en sortir , et cette pauvre bête suppléera au défaut de Rossinante pour m'ôter d'ici, et me porter à quelque château où je me fasse panser. Je ne tiendrai pas même à déshonneur une telle monture , car il me souvient d'avoir lu que le vieux Sylène, le père nourricier du dieu Bacchus, était monté et fort à son aise sur un bel âne , quand il fit son entrée dans la ville aux cent portes. Cela serait bon, dit Sancho, si vous pouviez vous tenir comiiie lui ; mais il y a bien de la différence entre la posture d'un homme à cheval et celle d'un homme étendu de travers , comme serait un sac de farine ; car je ne pense pas que vous puissiez aller autrement. Les incommodités qui peuvent rester des combats^ ne