CHAPITRE XVII
GoQvenatîon de don Quichotte et de Sancho Pança, et autres aventures dignes d'être racontées.
SaKGHO yint joindre son maître , qui le voyant 8i abattu qu'il n'avait seulement pas la force de faire aller son âne, lui dit : C'est à ce coup, ami Sancho, que je ne doute plus qu'il n'y ait de l'enchantement dans cette hôtellerie , ou château , je ne sais franchement lequel ; car qiii pouvaient être ceux qui se sont cruellement joués de toi, sinon des fantômes et des gens de l'autre monde ? Mais afin que tu en sois aussi convaincu que moi, c'est que dans le temps que je considérais ce triste spectacle par-dessus la muraille de la cour, il n'a jamais été en mon pouvoir d'y monter, ni seulement de descendre de cheval , parce qu'ils m'y tenaient enchanté; et pour dire vrai , ils n'ont pas mal fait de prendre cette précaution , car s'il m'avait été permis de faire l'un ou l'autre , fie-toi en moi que je t'aurais vengé de telle sorte , que ces gamemens ne s'en seraient pas moqués; et^ dansThumeur où j'étais, j'aurais passé tout net par-dessus les lois de la chevalerie, qui, comme je t'ai dit souvent, ne pcr- T. I. i3
mettent pas qu'un chevalier tîre Fépée contre ceux qui ne le sont pas , si ce n'est pour la défense de sa vie , et dans une extrême nécessite. Je me serais bien vengé moi-même si j'avais pu, dit Sancho, chevalier ou non, mais, ma foi, cela n'a point dépendu de moi, quoique je jurerais pourtant bien que les fainéans et les traîtres qui se sont réjouis à mes dépens, n^ sont point des fantômes ni des hommes enchantes, comme vous dites , mais de vrais hommes en chair et en os , comme nous ; et je me ressouviens fort bien qu'ils avaient chacun leur nom. Il y en avait un nommé Pierre l^fartin, un autre s'appelait Tenorio Femand, et j'ai bien entendu que l'hôte s'appelle Jean Palomeque le Gaucher, Des fantômes ne sont point baptisés, 91011sieur ; n'allez donc point dire que c'est un enchantement qui vous a empêché de passer pardessus la muraille, ou de mettre pied à terre. Pour moi , ce que je vois ici clair conmae le jour, c'est qu'à force d'aller chercher les aventures , nous en trouverons à la fin qui nous donneront malencontre. Si Dieu ne nous aide , nous ne connaîtrons bientôt plus le pjed droit d'avec le gauche. Voyez-vous, monsieur, ma foi, le meilleur et le pluç S]iir, selon mon petit entendement, serait de nous en retourner à notre village , à cette heure que voici le ten^ps de la récolte: