PARTIE I, UV. m, CHAP. XVII. igS
aussi Inen ne la faisons^nous pas bonne dans le champ d'autrcd; et franchement c'est toujours de ii^al en pis, et de fièvre en chaud mal. Ah] mon pauvre Sancho, interrompit don Quichotte, pour la centième fois, que tu es ignorant en fait 4e chevalerie ! Tais-toi , et prends patience ; un jour viendra que tu seras convaincu par ta propre espérience des avantages de cette profession. Car enfin, dis-tnoi, y a-t-il quelque plaisir au monde qui égale celui de vaincre dans un combat, et de triompher de son ennemi? aucun, sans doute. Je le crois, répondit Sancho, encore que je n'en sache pourtant rien. Tout ce que je sais , c'est que depuis que nous sommes chevaliers errans, au moins vous, car pour moi je ne mérite pas cet honneur, nous n'avons gagné de bataille que contra le Biscayen , et encore comment en sortf tes- vous? avec la moitié d'une oreille à dire , et votre salade fracassée. Depuis cela 9 qu'a-ce été que coups de poing et coups de bâton pour vous et pour moi ? si ce n'est que j'ai eu l'avantage d'être berné par-dessus le marché , et>encore par des gens enchantés , de qui je ne saurais me venger, pour goûter ce grand plaisir que vous dites qu'il y a dans la vengeance. Yoilà ma peine , dit don Quichotte , et ce doit être' la tienne aussi ; mais laisse-moi faire , je te réponds que j'aurai , avant qu'il soit peu , une I i3.
épée faite de tel art,, que celui qui la portera ne pourra jamais être enchanté de quelque enchantement que ce soit , et il pourrait bien arriver que la bonne fortune me mettrait entre les mains celle que portait Amadis , cmand il s'appelait le chevalier de rArdente-Epée , et qui fut assurément la meilleure du monde , car outre qu'elle avait cette vertu, elle coupait encore comme un rasoir, et ne trouvait point d'armes si fortes ni si enchantées qu'elle ne brisât comme du verre.. Je suis si chanceux, dit Sancho, que quand vous auriez une épée comme celle-là, elle n'aura de vertu que pour ceux qui sont armés chevaliers , non plus que le baume , et tout tombera sur le pauvre écuyer. Ne crains pas cela, dit don Quichotte , le ciel te sera plus favorable. Nos aventuriers en étaient là, quand- don Quichotte aperçut de loin une épaisse nuée de poussière , que le vent chassait de leur côté , et se tournant en même temps vers son écuyer : Ami Sancho , lui cria-t-il , voici le jour qui fera voir ce que me garde la bonne fortune. Voici le jour, te dis-je , où va par^dtre plus que jamais la force de mon bras, et où je vais faire, des exploits dignes d'être écrits dans les livres de la renommée, pour servir d'instruction aux siècles à venir. Vois-tu là ce tourbillon de poussière ? il s'élève de dessous les pieds d'une armée innombrable ,