PARTIE I, LIT, m, CHAP. XX. ftSg
valier juteront les yeux l'un dur l'autre , ik s'admireront réciproquement , comme des per-* sonnes pliid divine^ qu'iiumaines ^ et ^ sans da-« voir podriquoi ni comment , se trouveront eni*» brases d'amour l'un pour l'autre , et dans une inquiétude extrême de ne savoir commeilt se découvrir leurs peines. Ensuite , comme tu peux bien croire y on mènera le chevalier dans un des plus beaux appartemehs du palais , où l'on aura^ exprès, tendu les pluis riches meubles de la couronne; et là, après l'avoir désai^mé, on lui mettra sitr les épaules unnaantew d'écbrlate , tout couvert d'une riche broderie ; et s'il avait bon air , étant armé , combien parai tra-t-il galant et de bonne mine , en habit de çourii«san P la nuit étant venue , il soupera avec toute la famille royale, et aura toujours Les yeux siir l'infante , mais d'une manière quQ pourtant pe]>. sonne n'y prendra garde, comme elle le regardera aussi à la dérobée , et sans faire semblant de rien, parce que c'est, comme j'ai dit^ unepersionne aussi sage qu'on en puisse trouver, tie spuper achevé, on sera bien surpris de voir entrer un petit nain tout contrefait, suivi d'une très-belle dame , entre deux géans, avec une certaine aven-* ture faite par un ancien sage, et si difficile à ache-» ver que celui qui en aura l'avjantage^ sera tenu pour le meilleur chevalier de la terre. Aus$itpt
le roi voudra que tous ceux de sa cour éprouvent l'aventure : maïs quand ils seraient cent fois autant, ils ne feraient qu'y perdre leur peine, et il n'y aura que le nouveau-venu qui la puisse mettre à fin ; ce qui augmentera encore sa gloire ; et Dieu sait si Tinfante en aura de la joie , et ne se tiendra trop heureuse d'a^X)ir mis ses pensées en si bon lieu.
Le meilleur est, Sancho, mon ami, si ce roi ou ce prince est en guerre avec un de ses voisins aussi puissant que lui , de sorte que ce chevalier, après avoir séjourné quelques jours dans
sa cour, lui demandera la permission de le servir dans cette guerre, ce que le roi lui accordera de bon cœur, et l'autre lui baisera les mains, pour le remercier de ce qu'il lui fait tant de grâce et dé courtoisie. Cette même nuit il prendra congé de l'infautc , sa souveraine , par une fenêtre grillée de son appartement , qui regarde dans le jardin où il lui a déjà parlé plusieurs foîs: tout cela par le moyen d'une demoiselle , médiatrice de leurs amours , «n qui la princesse a une entière confiance. Il soupirera, elle s'éva^ nouira; la demoiselle apportera vite de l'eau pour lui jeter au visage , et s'inquiétera fort, parce que le jour est tout proche, et qu'elle ne voudrait pas, pour tous les biens du mondé, que l'honneur de sa maîtresse reçût la moindre tache.