‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 3)Chapitre 9 sur 109 · A BON PEDRO FERNANDÈS DE CASTRO, COMTE DE LEMOS · texte numérisé non relu

A BON PEDRO FERNANDÈS DE CASTRO, COMTE DE LEMOS

« Cette ancienne romance , qui fut célèbre dans son w temps, et qui commence par : Le pied dans Véiricr, me u revient à la mémoire, hélas ! trop naturellement, en écri

SUR GSRVANTËS. xli

« vant cette lettre ; car je puis la commencer à peu près « dans les même termes.

« le pied dans l'étrîer, en agonie mortelle^ Seigneur ^ je « t^ écris ce billet,

« Hier ils m'ont donné l'Extrême-Onction , et aujourcf d'hui je vous écris. Le temps est court : Fagonie s'accroît : « l'espérance dinûnae, et avec tout cela je vis, parce que je « veux vivre assez de temps pour baiser les pieds de V. E. ( i ) , « et peut-être que là joie de la revoir en bonne santé , de « retour en Espagne, nie rendrait la vie. Mais s'il est décréta « que je doive mourir y la volonté du ciel s'accomplisse : « que du moins Y. E. connaisse mes vœux ; qu'elle sache « qu'elle perd en moi un serviteur dévoué, qui aurait voulu « liû. prouver son attachement, même au-del^ de la mort. « Cependant comme en prophétie, je me réjouis de l'arrivée « de V. E., je vois le peuple saluant votre retour avec joie ; « je vois accomplies les espérances que ni'avait fait conce- « voir la rénon\mée de vos bontés. J'ai encore sur la cons- ** cience quelques fragmens des Semaines du. Jardin , et da « Grand Bernard. Si par aventure ou plutôt par miracle, le « ciel me donne la vie, V. E. verra ces ouvrages, avec la « fin de la Galatée , pour laquelle je sais que Y. E. s'inté- « resse.

« Sur quoi je prie Dieu de conserver Y. E. , ainsi qu'il « le peut. »

• Madrid, 19 ayril 1616.

(1) Terme de politesse assez ordinaire.

Wj NOTICE SUR CBRTANTES.

Quatre jours après celte lettre, le /a3 avril, Cervantes mourut âgé de soixante-sept ans. Il conserva sa connaissance jusqu'au dernier moment. Ses obsèques se firent sans pompe, et il fut enterré, suivant son intention, dans le couvent des religieuses de la Trinité. Son tombeau est confondu avec les autres, et jusqu'à présent on n'a fait aucune recherche pour montrer à ses compatriotes et aux étrangers le lieu où gît ce grand homme.

Sa veuve publia l^année suivante les Travaux àe PersUes et Sigismunda; c'est le seul des ouvrages cités dans sa préface qui ait été imprimé ; les autres ont été perdus. Il s'était proposé d'imiter Théagène et Charidée d'Héliodore. Dire qu'il a souvent surpassé son modèle , est le seul éloge que l'on puisse faire de ce roman , que , par un étrange aveuglement, il estimait lui-même beaucoup plus que son Don Quichotte. Des évènemetis improbables, des épisodes entassés sans goût et sans mesure, fatiguent le lecteur qui, dans quatre gros volumes, ne trouve à relire que l'histoire de Ruperta. Etait-ce à des imitations d'Héliodore que Cervantes devait abaisser son génie P

Page 1