PARTIE f^y LlV: ïlli iWAP. XXII. Û^H
Sortes ki'ifasulties.. Mais la fortune, qui goiivferhe et accommode toutes thôàés à s'a fantaisie , voulut que Ginès de Paissamo'rtt , ce fameux scéiéfrat que la vigueur et la folie de don Quichotte avaient lire dé la chaïKîe^ Craignant et fuyatit là sainte Hèrmandad , songea à s'aller aussi cacher dans ces rochers , et arriva justeiîient au même lieu où étaient don Quichotte et Sancho , qu'il reconnut à leurs paroleè , et qu'il, laissa ehdol*mir; et, comme les méchans sont toujours iii^ grate et incivils , et qiiè la nécessité fait songer à des choses dont on ne s'aviserait pas , Ginès, qui n'était ni civil ni bien intentionné , s'âtcommoda, pendant leur sommeil, de l'âne de Sâricho , préférablemént à Rossinante , qui lui parut si mineé, epi'il ne crut paë pouvoir s* en défaire, ni par vente, ni par échange, et, avant qu'il fût jour , s'éloigha sî bien du ihàître et du valet , qu'ils ne pouvaient plus l'attraper.
Cependant l'aurore vint avec sa face riante réjouir et embellir la terre ; mais elle ne fit qu'attrister et enlaidir Sancho , qui pensa mourir de douleur quand il se vil sans son âne. Il fit des plaintes si tristes , et des gémissemehs si pitoyables , que don Quichotte s'tn éveilla , et entendit qu'il disait : O fcher fils de mes entrailles , qui pris naissante en ma maison , agréable jouet de mes enfans , les délices de ma femme, l'en-
aga doh Quichotte.
vie de mes voisins et le soulagement de mes travaux , enfin le nourricier de la moitié de ma personne , puisque , avec quatre sous que tu me valais chaque jour , tu fournissais la moitié de ma dépense. Don Quichotte , devinant par ces lamentations le sujet de la douleur de Sancho , tâcha de le consoler avec des paroles tendres et de savans raisonnemens sur les disgrâces de ce monde. Mais rien ne réussit si bien , que quand il le pria de prendre patience , en lui promettant de lui donner une lettre de change de trois ânons y à prendre sur cinq qu'il avait dans, sa maison. Sancho s'apaisa , ne pouvant résister à des raisons aussi fartes ; il essuya ses ' larmes ; arrêta ses soupirs et ses sanglots , et fit un grand remercîment à son maître de la faveur qu'il luivenait.de faire.
Don Quichotte , que le sommeil avait un peu remis , se réjouit de se voir au milieu de ces montagnes, ne doutant point que ce ne fût un lieu propre à trouver les aventures qu'il cherchait. U rappelait dans sa mémoire les merveilleux événemens qui étaient arrivés aux chevaliers errans en de semblables solitudes , et il était si enivré et si transporté de ces fadaises , qu'il ne se souvenait et ne se souciait d'autre chose au monde. Sancho n'avait guère de souci non plus, depuis qu'il se voyait en sûreté , et il ne son-
geait qu'à remplir sa panse des restes qu'il avait sauvés. Il allait derrière son maître avec le bissaQ que portait son âne , tirant de temps en temps cpaelques bribes , et les avalant de toute sa force , sans se soucieT des aventures, et ne s^en imaginant point de plus belles que celîe-là. En allant ainsi îl s*apèrçut que son maître était arrêté, et qu'il tâchait dé lever quelque chose de terre avec sa lance; il se pressa pour lui aller aider. Quand il arriva , don Quichotte tenait déjà aii bout de «a iance un -coussin et une valise qui y était attachée , le tout en fort mauvais état et plus de demi-pourri , mais si pesant qu'il fallut que Sancho aidât à le lever. Il regarda vite ce que c'était, et il vit que la mallette était bien fermée avec une chaîne et son cadenas; mais, par les trous que la pourriture a.vait faits, il tira quatre chemises de Hollande très-fines, et d'autre linge propre et délié, et, dans un mouchoir, une bonne quantité d'écus d'or. Béni soit le ciel enfin , dit Sancho , à cette vup , puisque nous trouvons une fois en notre vie une aven-^ ture profitable* En cherchant encore il trouva des tablettes richement garnies. Je retiens cela pour moi, dit don Quichotte ; gardé l'argent pour toi, Sancho. Grand merci, monseigneur, i*épondit-il en lui baisant les mains, et mit le tout en même temps dans son Ussac. Il faut sans
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doute ^ Sancho, dit don Quichotte, que quelqu'un se soit égaré dans ces montagne^ , et que des yoleurs Taient assassiné et enterré qpielque pai;t parmi ces irochçrç. Gela w peut être, moBr sieur, répondit Sancho - 4 c'étajyeut desYoleura, ils n'auraient pas la^$é là çtX argent. Tu as raison, dit don Quichotte, et je nç devine plus ce que ce peut êt^e. ]\^^s at^tends, sa^,dQu1)e nous trouverons quelque chose d'écrit dja^iSi ces .tablettes , qui no^s apprendra ce q\i^ nous diemandoits. Il les ouyrit en disant cela , et il trouva ^1^ belles. Içttrçs ce spnnet qu'il lut tout haut,
afin que Sancho Venten^t :
. Gpmme ^imoqr est^sans yei^x^ il est miv coi^aisnaiice ; Oa c'est un Dieu bizarre , et plein de cruauté , Qui coa'damae auliasard et sans nulle équité ; On le mai que je fooffre excède sa sentence.
Main^si l'amc^r est Dieu, o'08|.aQ(^ conséquence Qu'il Toit et connaît tout; et c'est impiété D'accuser de cruelle upe divinité ; D'où viennent donc mes maux , et qui fait ma souffrance ?
PlûliBj 09 n'est pas vous ; un si noble sujet Ne pent jamais causer un si mauvais efiCet; Et ce n'Qst pas du ciel que mon malheur procède.
Je vois qull fout mourir dans ce trouble confus. Que peut-on espérer en des maux inoonnus f C'est un miracle par. d'en trouver le remède*
Cette chanson-là ne nous apprend rien , dit Stocho, si ce n*€St que par Je fil qu'elfe dit; nous puissions trouver le peloton. De quel fil parle&4u là ? répondit don Quichotte. 11 me senl- Wse\ monsieur^ repartit Sancho , que vous avez nommé là 4^5 fils. Non paè que je sache , dit^on Quichotte 'r }^ai bien dît FhiKs, qui est sans dotite le noin^ de la dame de qiii se plaint Fauteur du sonnet. "Vbusappele» cela^un sonnet, monsieur ? répondit Sancho ; par ma foi j'en suis bien aîse'; il est vrai que cela ne s^nne pas mal . Oui , c'est un sonnet , répondit don Quichotte , et qui n'est assurément pas mauvais ; lé poète n'est pas des moiridres, ou je ne my connais point. Qiioiï monsieur, vous vous entendez aussi à faire deis sonnets? Et un pen mieuîc que tu- ne penses, Sancho, répondit dort Quichotte, et tu le verras toi-même^ quand je te donnerai une lettre toute en vers pour porter à madame Dulcinée du Toboso. Afi# que tu le saches,- Sancho, tous les' chev^liers^ errans dU tfetnps pàsàé, on la jpîupart,* étaient poètes et musiciens ; et ces deux belles sciitnces, ou, pour mieux-dire, ces ômemens etces- vertus , sont comme dtes qualités essentielfes au chevalier enrant. Véritablement les poésies^ des anciens chevaliers avaient plus de vivacité que de bon sens, et n'étaient pas exactement dans les régies. Lisez davantage , monsieur, dit-
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Sancho, peut-être trouverons -nous quelque chose de ce que nous cherchons. Don Quichotte ayant tourné le feuillet : Voici de la prose ^ ditil, et je pense que c'est une lettre.. Une lettre missive ? demanda Sancho. Le commencement me fait croire qu'elle est d'amour, repondit don Quichotte. Bon ^ lisez tout haut , monsieur, je vous en prie , j'aime fort lés lettres d'amour. Je le veux bien, dit don Quichotte, et il lut ce qui suit;
t< La fausseté de vos promesses et mon malheur dont je ne puis plus douter, me font prendre la résolution de m'élpigaer de voii$, et vous apprendrez plus tôt les nouvelles, de. ma mort que le sujet de mes plaintes. Vous m'avez abandonné, ingrate, pour un homme qtii n'a pas plus de mérite que moi, mais parce qu'il a de plus grands l^ens. Si \^ r^çrtu était une richessse dans ce siècle, je n'aurais p^s lifiu d'envier celle des autres, et je i^'aurais pas d'infortune à pleurer. Que votre beauté et vos actions s'accordent mal, et qu'il s'en faut beaucoup que le même éclat ne les rejèyel L'une m'avaitfait croire que vous étiez quelque personne divine, et les autres m'apprennent que yq^is êtes femme. Adieu. Je vous souhaite la paix, à vous qui me faites une si.pruelle guerre. Le ciel veuille que la perfidie de votre époux ne soit jamais connue, afin que
venant à vous repentir de l'injustice que vous m'avez faite , je ne soi$ point engagé de venger nos déplaisirs communs sur un homme que voué êtes désormais :Ol^ligée de considérer. »
Ceci ne upusappiiénd guère plus que lès vcrSy dit don .QuiçJ^ette., ,$i ce n'est que celui, qui a fait c€Ue l^ttTQf .(^t:un amant trahi; et feùiW
Jetant toutes les tablettes, il trouva d'atutres^Tets et d'autres lettres dont il ne put lire qu'iûiepar-f tié ; mais il vit Jbiai que le tout était des plaintes^ des lameïitatîonlsi , des défiances, des dé&esjpoirs et des chagrins^ dès faveurs et .des .mépris;
Pendant que don Quichotte feuilletait .leô. ta- Uettes, Sancho re visitait la: valise ; il ne laissa pas le moindre repli, ni dans le coussin tion plusy où il ne fît une rech^dae : exacte., tant il élait en gp^t d^pui^ la4éi;QUTerte,deb éous d'OF,.don}> il avait trouvé plus d'une centaine. Maïs quoi** qu'il ne trouvât «rien davantage, il ne laissa pas de. se croire b^en dédommagé. des, sauts et.de la berne, du vomis^merit et des tranchées dvt. baume de Fier*à-Bras^ de la gi^éle de pieux de& voitqriprs, des çoups'd^ poing d^.muletiervde iai pert^;du lH$$ac et dQ râne^ du yol de son.mai»t^^pi;, .^e.A^f^iïP^» de ]^ soif, et de-tout le tra^ vail quAil avfdt souffert 4Ù âeîxice de son: bon Inain tre. Cette récompense lu^.p^mt raisonnable, et il en jeût voulu tous les mQi^l autant à ce prix-là.
Noire chevalier avait cependant grande envie de conn^tre le mattre de la vaKse , jugeant à la quotité d'or , à la béante j^ linge , et à la bonté de la proAe et des vers^ qu'il trouvait ^dmirables^ que ce devait être un homme d'importancev que le mépri» et le mauvais traitement de sa maîtresse avaient rcduif - au desespoir. M$iis, comme îà crut tjue personne ne lui en poupaifc dire des nonveHes ^ïans ce lien disert, U passa plus avant, se lais^aslt aller an gré de Rossinante, qui allait comme il pouvait sur ces rochers , et au travers des épines.
' Don Quichotte allant de- cette manière, et ayant toujours dans l'imagination que les aveatures ne lui manqueraient pas dans nn pays si iâauvage , vit au haut d'une petite montagne , 4ui était devant lui, un homme qui saùtsât avec une;légirèté admiraUe de Cocher en rocher , et paI^<less»s les halliers et lès l^idsons. Il crut le voir nu avec une bs^rbe noîlre et épaisse, tous ses cheveux en ^sordre; sans bas et sans sou- Met« , et le» cuisses couvâtes seulement d'un niéckaitt caleçon , qui semblait être de velours tanné, mai» si déchiré', que la chair paraissait psesqiie tout à déco^^ert. 14 n'avait^ aussi rien sûr la tâte, et' quoiqu41> jpassâft- d'une grande vitesse, notre chevalier, qui avait là vue fort boniie, remarqua toutes ces particularités, et
fit ce qu'il put pour le suivre , ne doutant pas qufi ce ne fât le maître du coussin. Mais Rossi-* nante était trop faible pour courir dans un pays ^î rude ; outre qu'il était naturellement pajçQdèevjij et n'ajmaît pas à aller à toute bride. !Le> dberaliiKr de. la Triate-Eigure était pourtant résolu d'atteindre le chevalier de la valise , dût" i)i ]iè cherdbier toute uae année par^ ceâ monta-o gnes.Dans. cette résphition / il ordonna à Sançb^ de chercher d'un câdd^ pendant qu'il irait 4e^ ;Vatt^è. Peutrétfey dit-il ; le trouverons^ous, avec tant de. di]%eilce et d'exactitude, ie ne ferai ppint cela, monsieur, rçpondît Sancho, je B«. saurais m'éloigner tant soit peu de vous, qu'àussitâtla £cayeur ne me vienne attaquer de tous côtés avec tous les diables de saint An» tôine; el une fois pour toutes^ je vou« avertis que. dorérv^vant je ' ne m'en écarterai pas d'un demi*-pied. A la bonne heure:, dit le chevalier, je suis, bieii aise que tu te fiasses fort de mon courage :• je l'as&uile qu'il ne te manquera ja** mais, quapd l'âme te manquerait au corps.
Yieo^ donc après moi tout doucement, et cher** che bien avec les yeux, nous visiterons cette petite montagne , et peut-être rencontreronsuonsle maître de la valise, qui est sans douté celui que nous avons vu passer si vite. Monsieur, dit Sancho , ne semitril point meilleur de ne le
3oo DOW QUICHOTTE.
point chercher , parce que si nous le trouvons , et que la valise soit à lui /je prétends assurément lui en faire restitution ? ainsi , coimne vous voyez, cette diligence ne peut être utile, et il vaudi*ait mieux posséder cela de bonne foi, en attendant! que nous venions à rencontrer cet homme par quelque autre voie , et peut-être dans le temps que nous aurons dépensé les écus d'or, et usé les chemises, et alors nous en serons quittes par la loi du prince. Tu te trompes en cela , Saneho , dit don rQitichotte , dès-là que nous avons cru avoir trouvé le maîtrede ce bien, nous sommés obligés de .le kii rendre; et quand pous ne le : cherï:herion$ pas, nous ne pouvons retenir légitimement cevque:jfiom fcroyons être à lui; ce seul soupçon que.noiis en' avons ,^ nous rend déjà coupables , Comme si la chose était claire et évidente. Ainsi, ami Saneho, que^ cette recherche ne te donne- point de chagrin ; car pour moi ,.H me semblé que je ierai decfaatgé d'un grand fardeau si je puis trouver cet homme. £^n disant cela^ il piqua Ros^nàntë, et Saneho le suivit à pied , et chargé comnie un âne , IKeu merci à Ginésille de PassanuDnt.
Après avoir bien tourné, et .bien cherché par tous les endroits de Ja montagne , ils arrivèrent au bord d'un ruisseau, où ils trouvèrent une mule avec sa selle et sa bride ^ plus de demi-