PABTIE II, UY. VU 9 CHAP. XLIX
que VOUS dites-là , mademoiselle ? dit Tintendan t : cela se contredit en tout ; je connais fort Pedro Pérès , et je sais bien qu'il n'a pas du tout d'enfans ; outre qu'après avoir dit que vous êtes ^ fille, TOUS dites encore qu'il va souvent chez votre père ; cela n'a pas de raison. Je l'avais déjà remarqué, dit Sancho. Messieurs, je vous demande pardon > continua la jeune fille, je suis si troublée qu^ je ne sais ce que je dis ; mais la vérité est que je suis la fille de don Diego de la Lana , que tout le monde connaît bien. Encore moins , dit l'intendant , je connais bien le seigneur don Diego de la Lana : c'est un gentilhomme de qualité et fort riche , qui a un fils et une fille, et depuis qu'il est veuf, il n'y a personne en toute cette ville qui se puisse vanter d'avoir vu sa fille au visage , tant il la tient resserrée, quoique cependant fe bruit commim dise qu'elle est extrêmement belle. Vous dites vrai , 'monsieur , répondit la demoiselle : c'est moi-même qui suis cette fille , et si le bruit de ma beauté est vrai ou faux , vous en pouvez juger puisque vous m'avez vue. En disant cela, la pauvre fille se prît à pleurer de toute sa forj e , et le secrétaire dit à l'intendant à l'oreille : Il faut qu'il soit arrivé quelque chose d'extraordinaire à' cejtte demoiselle , pour être sortie de sa maison en cet équipage , et à une telle heure. Il y a apparence , répondit
rintendant , il est aisé d'en* juger à ses larmes. Sancho consola le mieux qu'il put cette belle affligée ^ la priant de lui dire , sans crainte , ce qui lui était arrivé ; qu'elle était parmi ses amis, qui feraient toutes choses de bon cœur pour lui donner satisfaction.
Il y a dix ans , messieurs , dit- elle , qui est le temps que ma mère est morte , que mon père me retiei^ enfermée , et on nous dit la messe dans une chapelle de la maison : depuis ce tempslà je n'ai vu d'homme que mon père , un frère que j'ai , et Pedro Pérès , le fermier que je disais qui était mon père , afin de ne pas nommer le mien ; cette solitude si resserrée , et la défense de soilir de la maison , pas même pour aller à l'église, m'affligeaient au dernier point, et je mourait d'envie de voir le monde , ou pour le moins le lieu où je suis née , ne croyant pas qu'il y eût là rien de si déshonnéte ; quand j'entendais parler de courses de taureaux, de j<;ux de cartes, et de comédies , je demandais à mon frère , qui est plus jeune que moi d'un an , ce que c'était que tout cela , et il me le disait le mieux qu'il pouvait, et cela redoubla l'envie que j'avais d'y aller ; enfin, pour abréger, je priai mon frère, et plût à. Dieu que je ne lui en eusse jamais fait la prière !m. En cet endroit la pauvre fille se remit à pleurer , de sorte qu'elle leur fit à tous grande