‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 4)Chapitre 106 sur 248 · PARTIE lî, LIV. VII, CHAP. L. 20g · texte numérisé non relu

PARTIE lî, LIV. VII, CHAP. L. 20g

baiser la main , ma très-honorëe damé , comme à Tupique et* légitime épouse du seigneur don Sancho Pançai gouverneur souverain de l'île Barataria. Et fi, fi, monsieur, levez -vous, je voiis en prje , dit Thérèse , je ne suis point une madame , mais une pauvre paysanne , fille d'un bûcheron , femme d'un écuyer errant , et non point d'un gouverneur. Votre seigneurie , repai^ le page, tot la très -digne femme d'un très-digne gouverneur ; et pour preuve de cela , madame , lisez , s'il vous plaît , Cette lettre , et recevez c^e présent. Il lui donjaaèn même temps une lettre , et lui mit au cou la chidne.de odrail, dont ks grains étaient garnis d'or : cette lettre^ ajôuta«t-il, est de monsieur le gouverneur, e|^ cette autre que voici avec la chaîne , c'est ma^ dame la duchesse qui vous l'envoie.;

Jamais Thérèse ne fut plus surprise , ni sa ^îUq pluâ joyeuse^ Par ma fi , dit la petite , vous verrez que don Quichotte , notre maître , a donné à mon père le gotxyernement q^'il lui a.vait . si souvent promis. Youi$ avess raison; m^dçmoi-r selle , répondit le pagef^ c'^$t à la clonsidération ^ du seigneur doii Quichotte que le seigneur Sancha. €st gouv^neur de Tîle Barataria, comme voCis verrez-pa* o^tte lettre. Lis^z-la-^moi doncy mQugentilhQmitpe , dit Thérèse; je sai^ JWen filer,, mais je ne âai3 pas lire. Vraiment, lû moi non

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plus y ajouta Sancha ; mais attendez , je trouTerai bien qui la lira , ou monsieur le curé , ou le bachelier Samson Carrasco , qui seront bien ajses d*apprendre de si bonnes nouvelles de mon père. 11 n'est pas besoin de faire venir peiîsonne , dît le page; je ne sais point filer, mais je ne laisse pas de savoir lire et écrire. Il la lut donc teUe que Sancbo Tavait fait voir à la duchesse ; et prenant celle qu'elle écrivait à Thérèse « il lut ce que vdici : * .

« Âihie Thérèsie , les bonnes^ qualités de Sancbo , votre mari , et soii grahd esprit , m'ont obligée de demander pour lui, à monsieur le duc, lé gouvernement d'une île de plusieurs que nous aVons. J'apprends qu'il gouverne comme s'il n'avait jamais fait autre chose , dont je suis fort contente , et monsieur le duc ne se lasse point de louer Dieu du bon choix qu'il a fait , car , comme vous savez , madame Thérèse , il n'y a rien de si difiScilê au monde que de trouver \xn boii gouvemeuSf,' et Dieii veuille me rendre aussi boniîé que Sâttcho. Ce page vous rendra de ma part une ^haîiae de coraily dortt les grains sont garnis d'ôr. Je voudrais, ma chère amie, que ce fût àtitànt de perles orientales; tiiai)»V|ui dbime du f^ ,->tie voudrait pas te véif morte ; j'espère quHrvieMlra uH temps que nous noiis (5btilia$trons davantage, èl que nous nous 'Verrons. Je

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me recommande à la petite S^bdi^i ; dite^lui de ma part qp'elle se tiebne en joie , et qqç ye la jiiarierai à on grand seigneur, lorsqu'elle y pensera le moins. On m'a dit id que vous ave^ dans Tos quartiers unebelle espèce degland ; envoyetsm'en deux dousainfi , le présent ine sera çonsi- <férable venant*de *Yoiifi , et écrÎTelHifoi bien au long ae TOtre santé , de l'état où voqs «êtes , et de tout ce qvi tous regarde ; et si vous avez be^ soin de quelle dbioqt , vous n'aiiiez qu'à le dire, vous serez servie à point nommée Dieu vous tienne en «a garde i .

« Votre bonne attiie,^ qui vous aim*e bien.

<c La Duchesse. »

De notre maison , un tel jour.

Eh, hem Dieu 1 s'écria lliérèse , la bonne daihe que Yoilà , et quelle est hum^e ! je prie Dieu (pi'on m'enterre avec de Ifellea dames , et non pas avec celles de notre village , qui , p^rce qu'elles sont dam^s., ne veulent leulem^nt pas que le vent les touche , et vont à Tt^^se*^, pi|ppant[es comme si c'étaient de^reiAes^ Elles croi-' raient se faire grahd tort si elles regajpdaient une paysanne, et voilà madame la duchesse qui m'appelle son.* amie , et me traite eomme* si j'étais sa pareille : que je la puisse voir, aussi iiaute élevée eoimne le plus haut clocher de la Manche !

Pour ce gui est du gland qu'elle me demande , vous lui dfirez , monsieur ^ que je lui cgi enverrai un demf>i>oisseau , et elle Terra elle-même s'il est beau et gros. Pour Theure, Sancha, ayez soin de ce mojisieur, et qu'on traite son cheval comme lui-même : cherche des ' oeitfs dans Télable , et coupe du tard , et le traitons comimc un prince : Sa minei^et les nouvelles qu^il nous apporte méritent bien qu'oii lui fasse bonne chère ; en attendant , je m'csi vais dire la joier qu% nous avons, à nos voisines , à monsieur lé curé , et à maître Nicolas le barbier , qui sont tant amis de ton père. Allez», ma mère , ti^ondit la petite , je ferai tout ce qu'il faut. Mais dites donc , vous me baillerez la moitié de votre collier au moins , car je ne pense pas que madame la duchesse soit assez mal apprise -pour Tenvoyef à vous seule. Il sera bien toul^ entier po* toi , ma fille , fit Thérèse ; ma fille , l^Ubse-^le^Hioi porter quelques jours, car cela me réjouît. • Vous vous réjouirez ^ YAen davantage , dit le page , quand je vous ferai voir Id^ paqttçt que j'ai dans cette valise, qui e$t *un habit d'étoffe verte, que monsieur le gouverneur a porté seulement uoê fois à la chasse, et il l'envoie tout entier à mademoiselle Sancha. Le bon Dieu bénisse mon père, dit «Ja petite Sancha , et celui qui in'a apporté le présent ! Thérèse sortit incontinent de chez elle le col-

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