‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 4)Chapitre 108 sur 248 · PARTUB II, I.IV. VII, CHAP. L. '21 S · texte numérisé non relu

PARTUB II, I.IV. VII, CHAP. L. '21 S

gland qae madame la duchesse demande à une paysannie, il ne faut point s'en étonner : elle n'est pas orgueilleuse , et je J^ai vue une fois einprunter un peigne d'une de ses voisines; les <kimes d'Arrâgon, de quelque qualité qu'elles soient, ne font pas tant de façon. que les dames de Castille , et elles vivent bien plus familière*ment avec tout le monde. Comme ils disconraien| ainsi, la petite Sancha arriva avec «des €etifs dans le devant de sa robe , et dit au page : Dites-moi , monsieur , monsieur mon père a-t-îl ses chausses attachées avec des aiguillettes, depuis qu'il est gouverneur ? Je n'y ai pas pris garde , répondit le page, mais il n'en faut pas douter. £h bon Dieu! continua Sancha, que je serai aise de voir mon père avec des chausses retroussées, je l'ai toujours demandé à Dieu , depuis que je suis au monde. . Ailes , allez, vous l'y verrez bientâft, répondit le page; et si le gouvernement dure seulement deux mois, «vous le verrez aussi marcher avec un parasol et des lunettes. Le curé et ïe bachelier voyaient bien que le page se moquait de la mère et de la fille , mais ils ne savaient que juger, après la riche chaîne, et l'habit de chasse que Thérèse leur avait déjà montré. Cependatit ils riaient de bon cœur de la simplicité de Sancha ; mais ce^ut bien pis quand Thérèse vint dire :. Or çà , monsieur le curé , ne savez-

2l€ DON QUICHOTTE,

VOUS point ici quelqu'un qui aille à Madrid ou à Tolède , parce cpie je voudi*aîs faire acheter un vertugadîn à la mode pour moi? car en abonne foi je veux honorer le gouvernement de mon mari en tout ce que je pourrai , et si je me fâche, je m'en irai à la cour, et j'aurai un carrosse comme les autres : une femme qui a scki mari gouverneur, est bien en étet d'en avoir un. Hé\ pl^t à Dieu ^ ma mère , ajouta Sapcha , gue ce fût tout-àrl'heuTe , quand ceux qui tne verraient dedans devraient dire : Regardez-Ja donc , là fille de ce paysan , comme elle s'étend dans ce car-r rosse ! ne dirait - on pas que c'est la papesse Jeanne ? mais qu'ils en enragent , s'ils veulent , çt qu'ils en disent ce qu'ils voudront , je me moque de toutes leurs causeries. , pourvu que j'aille à mçn aise : n'ai-je pas raison, ma mère? Vrair ment oui , ma fille , répondit Thérèse , et mon mari me l'a toujours bien dit, que nous verrions venir le bon tempft, jusqu'à me voir un jour comtesse. Cela ne fait encore que commencer à venir, mais il n'y a que de commencer; et comme j'ai ouï dire à ton père , qui sait plus de proYcrbes qu'un docteur ; Si on te donne la vache , cour^-y vite avec la corde ; si pn te donne un gouvernement , prends-le-moi tout-à-?heare ; et si on te donne une comté, 14e la laisse pas^échap^ per: ce qui est bon à prendre est bon» à rendre ;

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