PARTIE II, LIV. VII, CHAP. Ll
aujourd'hui , moi et le maître-d'hôtel en communiquerons avec le père, qui est un certain Diego de la Lana , des vieux chrétiens , et gentilhomme si jamais il en fut.
« Je visite les irïarchés et les places puhliques, comme vousme l'avez conseillé, et hier je pense... oui , ce fut hier, je trouvai une revendeuse qui vendait des noisettes nouvelles , et je découvris qu'elle avait mêlé parmi un boisseau de vieilles : je confisquai toute la marchandise au profit des enfans de la Doctrine , qui les sauront bien choisir ; et puis je lui défendis d'entrer de quinze jours dans le marché^ et on m'a dit que j'avais fort bien fait ; j'ai encore à vous dire que l'on tient dans cette ville, qu'il n'y a pas de plus méchantes nations que ces créatures qui vendent au marché, car elles sont toutes effrontées, menteuses, et sans foi ni loi ; et pour moi je le crois bien aussi, car je les ai vueà partout de même.
c< Je suis bien content de' ce que madame la duchesse a écrit à Thérèse, et lui a envoyé le présent que' vous dîtes ; et j'emploierai le vert et lé sec en temps et lieu , pour lui faire voir qiie je ne suiâ pas ingrat : baisez-lui les mains, de ma part , et lui dites que le bien qu'elle m'a, fait n'est point tombé en mains de Mores.
« Je voudrais bien que votre seigneurie n'eût rien à démêler avec monsieur le duc et ms^dame
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la duchesse , messeigneurs et maîtres , car si vous venez à vous fâcher les tins contre les autres , tout cela retombera sur moi ; et ce ne sera pas trop bien fait à vous , qui me conseillez, d'être reconnaissant, de ne Têtre pas vous-même envers des personnes qui vous ont si bien reçu et régalé dans leur château» Pour ce qui est de vos égratignures , je ne sais pas ce que vous voulez dire; maïs je m'imagine bien que c'est quelqa'une des diableries que les malins enchanteurs ont accoutumé de vous faire ; vous me direz ce qui en est quand nous nous verrons. Je voudrais bien vous envoyer quelque chose de ce pays-ci , mais je ne sais quoi, si ce n'est des canons de seringue^ qu'on y fait à merveille ^ avec des bouteilles de verre dont on y est fort curieux : si pourtant le gouvernement dure , je saurai bien que vous envoyer, ou casque ourondache. Si Thérèse Pança ma femme m'écrit^ payez le port, et m'envoyez vite la lettre, car je meurs d'envie de savoir comment on se porte chez nous. Je prie Dieu qu'il vous délivre des malins enchanteurs^ et moi , qu'il me tire sain et sauf de ce gouvernement , dont je doute fort de la manière que le docteur Rezio me gouverne.
« Le très-humble serviteur de votre seigneurie ,
« Sancho Pança , le gouverneur. »
De mon île , le même jour que je vous éoritt.