‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 4)Chapitre 119 sur 248 · CHAPITRE LU · texte numérisé non relu

CHAPITRE LU

Aventure de la seconde Doloride , aatrement la dame Rodrigue.

Don Quichotte , guéri de ses égratîgnures , et ennuyé de la vie qu'il menait dans ce château , vie trop oisive, et indigne de la profession d'un véritaWe chevalier eirant, se résolut de prendre congé du duc et de la duchesse , et de s'en aller à Sarragosse , pour se trouver au tournoi qui s'y devait faire , et dont il pvétendaitrenqiporter tout rhonneur» avec les hamois, qui est d'ordinaire le prix de ces joutes. Comme il était à table avec le duc , dans la résolution de lui témoigner son dessein , et qu'il avait, même déjà commencé à faire un compliment sur ce sujets on vit entrer deux femmes toutes- couvertes de deuil, dont l'une se jeta aux pieds de notre chevalier , et les lui baisant, poussait de si profonds soupirs, qu'il semblait qu'elle allât expirer de dou-^ leur. Il n'y avait personne qui ne fût étonné de ce spéciale; et quoique le duc et là duchesse s'imaginassent que c'était quelque nouveau tour que ses gens voulaient jouer à don Quichotte , néanmoins il paraissait une affliction si naturelle dans l'action de cette femme , qu'ils ne savaient

qu'en penser , et ils n'étaieart: guère moins surpris que les autres.

Don Quichotte, touché de compassion, et courtois comme nous le connaissons, fit relever cette affligée, et l'ayant priée d'ôter son voile, elle fit voir son visage tout mouillé de larmes , dans lequel on reconnut tous les traits de la vénérable Rodrigue, dame d'honneur de la duchesse , comme ce Tétait effectivement ; et on vit aussi que celle çgfi l'accompagnait était sa fille, celle que le fils du riche laboureur avait abusée. Cette vue redoubla Tétonnement de tout le monde , et particulièrei^ent du duc et de la du-* chesse, car quoiqu'ils connussent Rodrigue pour une créature simple jju^qu'à là sottise, ils ne pouvaient pourtant s'imaginer qu'elle portât la simplicité jusqu'à faire des extravagances. Enfin la dame Rodrigue se tourna du côté du duc et de la duchesse, après leur avoir fait une profonde

révérence :

Je supplie très-humblement vos excellences , dit^Ue , de me donner permission de m'entretenir un peu avec ce chevalier , parce que j'ai besoin de hii pour sortir à mon honneur d'un embarras où m'a mis l'insolence d'un méchant paysan. Vous le pouvez , lui répondit le duc , et et vQjus ^'avez qu'à dire au seigneur don Quichotte tout ce que vous Moudrez. Alors la dame

Page 1