PARTIE n, LIV. VII, CHAP. LU
l'offenseur : je me rends son égal , et le rends égal à moi , afin qu'il soit en état de mesurer sa lance avec la mienne : ainsi jdonc, tout absent qu'il est , je le défie comme traître , pour avoir abusé de cette demoiselle, et lui avoir ravi l'honneur ; et il accomplira la parole qu'il lui a donnée d'être son mari , ou il le paiera de son sang et de sa vie. En même temps tirant un de ses gants , il le jeta au milieu de la salle , et le duc le releva , disant qu'il acceptait le défi au nom de son vassal, et qu'il assignait le terme du com" bat au sixième jour suivant, et pour champ de bataille , la cour du château , avec les armes or-' dinaires des chevaliers, la lance et l'écu , le har* nois à répreuve , et tout ce qui s'ensuit , sans fraude ni superchérie , et après la visite faite par les juges du camp. Mais , continua le duc , avant toute chose, il faut savoir si la mère et la fille mettent leurs intérêts' entre les mains du seigneur don Quichotte de la Manche, car autrement, il n'y a défi qui tienne. Oui, je les y mets, dit la vieille Rodrigue. Et moi aussi, ajouta la fille toute éplorée et pleine de confusion < Toutes ces précautions prises, on arrêta, comme nous avons dit , le jour , et les dames complaignantes se retirèrent. La duchesse ordonna qu'on pé les traitât plus dorénavant comme domesti-* ques , mais en dames aventurières qui venaient
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demander justice dans sa maison : ainsi on leur donna un autre appartement dans le château, où elles furent sendes comme étrangères , au grand étonnem^nt de toutes les autres, qui ne savaient à quoi aboutirait Findiscrétion det outes ces créatures.
Sur la fin du dîner, pour achever la fête, entra le page qui avait porté le présent à Thérèse Pança , femme de notre illustre gouverneur. Le duc Itri demanda avec empressement le succès de son voyage , et il répondit qu'il avait beaucoup de choses à dire , et qu'y en ayant qui méritaient le secret , il suppliait leurs excellences qu'il lés en pût entretenir en particulier ; si bien que le duc ayant fait sortir la plupart de ses gens, levage mit deux lettres entre les mains de la duchesse, une pour elle , et l'autre pour Sancho , avec cette suscription : A mon mari Sancho Ponça, gouverneur ae l'île JBaraiarîa, à qui Dieu doit bonne çie et longue. La duchesse ne se donna pas un moment de patience , elle ouvrit aussitôt sa lettre, et voyant qu'elle pouvait être lue devant tout le monde , elle lut tout haut ce qui suit:
Lettre de Thiérèse Pança a la Duchei^se.
« Ma bonne dame , j'ai reçu un grand contentement de la lettre ique votre grandeur m'a écrite.