‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 4)Chapitre 126 sur 248 · PARTIE II, UV. VIII, GHAP. LIH · texte numérisé non relu

PARTIE II, UV. VIII, GHAP. LIH

vais bouffon se campa tout de bout sur lui , y demeura quelque temps, et de là, comme du haut d'une tour^ il faisait l'office dégénérai , commandante ses camarades, criant tantôt qu'on coure là , les ennemis y donnent ; tantôt qu'on garde le guichet, qu'on f^rme la porte, rompez les échelles, vite, vite, de la poix et de la résine, qu'on apporte les boîtes et de pleins chaudrons d'huile bouillante,. et qu'on tende les chaînes. Enfin celui^i se pressait de nommer tous les instrumens de guerre et toutes les choses dont on se sert dans une ville assiégée , et tous se remuaient et criaient comme s'ils eussent été bien embarrasses.

Cependant le pauvre gouverneur, étendu par terre, foulé mxx pieds et demi-mort de peur, disait dévotement en lui-même : Hé , plût à Dieu que l'île fut déjà prise, et que je me visse ou roide mort,, ou hors de cette terrible angoisse! Le ciel eut pitié de lui, et lorsqu'il s'y attendait le moins , il entendit crier : Victoire ! victoire ! courage, monsieur le gouverneur, les ennemis sont en fuite. Et que faites-vous là , monseigneur f ajouta un autre : ne voulez-vous pas vous lever, et venir jouir avec nous des fruits de la victoire? encore estril juste que vous preniez part au butin que votre bras invincible a fait sur les ennemis. Levez-moi , dit dolemment le

triste Sancho; et quand on l'eut mis debout : L'ennemi que j'ai tué, dit-il^ qu'on me le cloue au front ; partagez entre vous les dépouilles , je n'y prétends rien; mais si j'ai ici un ami, qu'on me donne un doigt de vin , car le «œur me manque, et pour l'amour de Dieu, essuyez -moi la sueur, je suis tout en eau. On l'essuya , on lui donna du vin , il fut désarmé , et se voyant libre il voulut s'asseoir sur son lit , mais il y tomba comme évanoui, de la frayeur et de la fatigue qu'il avait eues.

Les moqueurs , étonnés de cet accident , conimcnçaient déjà à se repentir d'avoir poussé le jeu si avant ; ?gaais ils eutent bientôt lieu de se consoler, parce que le gouvemeut reprit ses esprits: il demanda quelle heure il était , et comme on lui répondit qu'il faisait jour, il commença , sans rien dire davantage, à prendre ses habits, laissant tous les assistans étonnés de la hâte qu'il avait , et ne sachant que croire de son silence : il s'habilla enfin , mais avec assez de peine, tant il était fatigué: et tout d'un temps, sans dire mot , il s'en alla vers l'écurie , suivi de tous ceux qui étaient présens , et s'approchant du grisou , il l'embrassa et lui dit , les larmes aux yeux : Venez, vous , mon cher ami , mon fidèle compagnon , et le soulagement de mes travaux et de mes misères ; quand nous marchions tous deux

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