‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 4)Chapitre 139 sur 248 · PARTIE II, LIV. VIII, €HAP. LV · texte numérisé non relu

PARTIE II, LIV. VIII, €HAP. LV

avait quitte le gouvernement sans qu'on leur eh eut donné avis. Enfin on alla avec des cordes et des échelles , et à force de gens et de travail on tira Sancho et le grisou , qui furent ravis de revoir la lumière. Un jeune écolier qui se trouva présent, voyant Sancho, dont il n'avait jamais ouï parler : Il serait bon^ dit -il, que tous les mauvais gouverneurs sortissent de leurs gouvememens, comme ce malheureux sort de cet abîme , pâle et mourant de faim , et, si je ne me trompe , fort mal dans ses affaires. Monsieur le médisant , repartit Sancho , il y a environ huit jours que j'entrai dans l'île qu'on m'avait donnée à gouverner, et durant tout ce temps-là je n'ai pas mangé une seule fois mon soûl de pain ; j'ai été persécuté par les médecins , les ennemis m'ont foulé aux pieds,* et je n'ai pas eu le loisir de piller ni de voler; et puisque cela est, je ne méritais point d'en sortir de la sorte, et par une porte qui ipessemble à celle d'enfer : mais l'homme propose,-* et Dieu dispose, et quand Dieu fait quelque chose , il sait bien pourquoi ; il faut prendre le temps comme il vient , et personne ne peut dire : Je ferai ceci, ou je ne le ferai pas, car on pense qu'il y ait des lardons, que ce sont des chevilles; mais c'est assez, et Dieu m'entend.

Ne te fâche point, mon ami, dit don Qui-

chotte , laisse parler le monde sans t'en mettre en peine ; repose -toi seulemen% sur ta bonne conscience j-^et qu'on dise ce qu'on voudra. Qui voudrait attacher les langues des medisans, n'aurait jamais fait, et l'on mettrait aussitôt des portes aux champs. Si un gouverneur est riche , on dit qu'il a volé ; et s'il est pauvre , que c'est un fou et un mauvais ménager. Allt! pour l'heure^ répondit Sancho , ils peuvent bien dire que je suis un fou , mais non pas un larron»

Avec ces discours ils arrivèrent au château , environnés de quantité de gens, et de.la canaille qui s'était ramassée, et trouvèrent le duc et la du^ ches;^ qui le» attendaient dans une galerie. Sancho ne voulut point monter quUl n'eût rais son grison à l'écuriç ; après cela , il alla saluer leurs excellences, à qui il dit j, le genou en terre : Messeigneurs , j'ai été pour gouverner votre^le Barataria , parce que vos grandeurs l'ont véulu , et non pas que je l'eusse mérité : fj ai entré nu , et nu j'en sors ; je n'y ai perd* ni gagné ,* et si j'ai gouverné bien ou mal , voilà des témoins qui en peuvipt dire là vérité ; j'ai éclairci »des difficultés t et jugé des procès, et toujours mourant de faim. Dieu me#ci au»4o<;teur Pedro Rezio ^ naturel de Tirteafuera , assassin de Tîle et des gouverneurs. Les ennemis nous attaquèrent de nuit; et après nous avoir bien tenus en presse , ceux

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