‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 4)Chapitre 152 sur 248 · PARTIE II, UV. Vm, CHAP. Wrill. 3ot · texte numérisé non relu

PARTIE II, UV. Vm, CHAP. Wrill. 3ot

de don Quichotte , et continuèrent leur voyage. Sancho considérait son maître comme s^il ne Ffeùt jamais vu; il admirait avec étonnement combien il savait de choses , et croyait qu'il n'y eût point d'histoire au monde , ni quelque aventure que ce fût, dont il iVeut une parfaite <!onifàtssance. En vérité , lui dit* il , monsieur mon maître, si ce ^i noué est arAvé aujourd'hui se peut*appeler aventure, c'est la plus^ouce et la plus ^agréable que nous ayons eue dans toutes nos courses : nous' en sommes sortis sans cou^ de bâton, et sans la moindre frayeur; nous n'avons point mis l'épée à la main, personne ne nous a dit pis que notre nom', et nous voilà sains et saufs , sans avoir souffert ni faim ni soif: Dieu soit. béni de m'avoir fait voir cela de mes propres yeux! car , en bonne foi, je ne l'aurais jamais cru , qui que ce fût qui me Y^ût dit. Tu ne dis pas trop mal , Sancho , répondit don Qui- ' chotte; mais tu dois bien savoir que tous Ib$ temps ne s6nt pas semblables,, et ce que le vulgs^re a- accoutumé d'appeler préside , ne se fondant sur aucune raison natui;elle , celui qui est sage* l'appelle heureuse rencontre. Un de ces iuperstitieux; étant un jour de bon matin sorti de chez; lui, rencontra un frère de Tordre de*Saint- François, et comme^s'il eût rencontrai un dragon , il tourna les épaules , et rentra vite chez

3o2 ,. DON QUICHOTTE-

lui ; un autre ne pouvait se consoler d'avoir tn renverser le séi sur la taUe , comme sî des choses de si peu d'importance pouvaient être des signes assurés de quelques malheurs à venir. Celui qui est sage et chrétien -ne s'amuse poîat k pénétrer dan^ les secrets du ciel; et sans ae mettre «a peioie si les ordres en sont -marqués dâms ks ob}et6«cie la nature, il en attend les «ff^ts. avec soumissioR et patience, Scipion, eu arrivant en Afrique, -«t ^ sautant à terre 9 fait un faïqc pas , et tombe : sQs soldats étonnés t^eniient «a chute k niiBuvais présage ; mais lui, étendait les jbr^i, cdmme s'il eût \Dulu embrasser la terre : Je le tiens , dit41, Afrique, tu ne m'échapperas pas : ainsi, Sancbo, mon ami , je tieqis à bonheur *â'avoir rencontré ces images. Je le crois comme vous dites, dit Sancho^ mais je voudrais bien , monsieur, que vous me -dissiez pourquoi, qy^ind les Espagviols ' invoquent ce aaint Diego Mktpmoros, avant que de donner quelque bataille , ils s'écrient : San* tyagoy cierru Espana,: l'Espagne est -elle par a^tenture ouverte , qu'il soit besoii^i de la fermv? Quelle cérémonie est-ce là? Eh ,* que tu n'en sais gi^re, mon pauvi>e ami \ féponditdon Quichotte : ne sais-tu pas bien que Dieu a «don^é à l'Elspagne ce grand chevalier de la Croix -Vemneille pour protect^r, et ^ùttont dans les dangereuses batailles que les Espagnols ont eues autrefois avec

N PARTIE II, mv. Vm, CBAP. LVIII. 3o3

les Mores ? cj^sl^à cause de cela qu'ils ]f invoquent daiis leurs combats , 'et ^n Ta vu souvent visible-^ ment Sn personne, frappant, renversant, foulant am pieds* %t détnH)5ant les escadrons ennemis , comine je t'en pourrais àîre cent exemples qui sont marques d^s V'^istolrQ d'jpLspagne.

Sancho , saji^ en demander davafntage , changea 4tt discours , et dit à S4i^ iftaître : Â.propos, inonsîeur, je suis tcmt^onné de l'effronterie de cette Altisidore? ^meisellè de maApme la duchesses: par ta mArdi,il faut quece drdle qu'on ^pelijie Âmour^ F^il diaI4ement blessée ! elle en 9, ma fcA-dans l'ailfe , et tout du long de l'aune ; laâH de ma Tie ,* ce petit aveugle n'en manque' poix)| , et il vous a plutôt mis uhQ flèche dansie cœi^r, qu'^ ne ^iairrait dire gare^ J'avais pourtant oiu dire quelles fièclj^es 4'amout se bri$ai<ht co§tre la sagesse des filles ;^ais C'est -touif au contraire e^ cette Altisidpre, o^ dirait qu'elles s!a%aiséht encore davantage, * * •

JL'amour,^Am Sancho , dit don't^dicbotte, n'a ni considération ni bornes: il jigit comme la mort qui rijëpàrghe pas plus les'rois que le» bergers, et lorsqdiil ^em{>aré d'ime JUne, la première chose*q|a'il fait , c'est 4e lui ôter la crainte et là hontes; tft§^ vois ^ tu qu'Altisi^ore n'en' a plus, et 'qu'elle n'a pas craint de, me faire voir ses désirs, qui me dpnnent ];i#stHCou[wplui^ d'^ndîgna-

3o4 Î^N OtlCHOtTEi

tîon que de pitié. VoUà une cqaaûte notoire j . repartit ^Sancho , une ingratitude iqouïe! ^i la pauvre fille s'était ttdrçssée à moi^ je Aie serai.< rendu dès la -moindre paroU! il fain: que*v#us ayez un cœur dé Imarfire et des entrailles de bronze; çiais (jiand^Yy s^g^> qu'est-ce que peut avoir vu en vo^ cette pawre créature , pour faire le saut cdinme elle a fait lequel air, quelle bonne mine / et <a% diable est 'la beaiilé qui Fa enchantée ? Je voijs ai considéré cent fois depuis la tête jusqu'aux pieds , et sans vous flat-^ ter, je n'y vois rien qiai ne st>it plus capable d*^ pouvanler que de donner de l'amour : et s'il est vr§i , comme on dit ^ que c'est la )>eauté qui enr d&fine-, il faut que dette mîs^able ne vofe gom^te, ou qu'il y ait encore ici dé l'enchanfement.- îîe

dafis le bon prt^çédé , et dans une agréable l^a^ nière de vivre , et tout cela se peut rencontrer avec la Is^dëur ; et lorsqu'on jette les -yeux sur cette beauté , ell^ touche bfen plu^ vivemeç^t q«e tqjutes celles du corps : elle fait ifes* ^fets pkis prompts, et les atteintes ^en durent bien» davantage. Pour ipoi , jSancho , je m'aper^o>îst)iftn que je ne suis pas beau> mais aussi je ne s^iis pas difforme ; ^t cH^st a^sé^* ik un honnête Ijomme

Page 1