PARTIE II, LiV. VIII, CBAP. LVIII. 3l
curiosité toates les beautés de la terre , excepté la maîtresse de mon âme , Dulcinée Au Toboso ; et quiconque voudra dire le contraire , il n^a qu'à Tenir, je suis ici pour l'attendre. Deux fois il répéta les mêmes paroles , et il ne fut pas une fois entendift d'aucun chevalier errant.
Cependant la fortune, qui voulait favoriser ses desseins , fit passer, de là à quoique temps , un grand^nbmbre de gens -à cheval, marchant tous en troupe et en grande hâte , et la plupart portant des, lances. Ceux qui étaient avec don Quichotte, ne les eurent pas philôf aperçus, qu'ils s'écartèrent un peu loin ^ jugeant qu'il y avait quelque danger, à demeurer dans le chemin. Le seul don Quichotte les attendit de pied ferme avec un courage intrépide , et Sancho se mit derrièpe lui, se couvrant de Rossinante. Lès cavaliers arrivèrent, et un qui était à. la tête , comitiença à crier à don Quichotte: £h! que diable ne t'ôtes-tu donc dû chemin , misérable? veux-tu que ces taureaux te mettent on pièces ? Canailles , répondit don Quichotte , vraiment vous avez bien trouvé celui qui s'épouvante pour des taureaux : confessez , méchans , confessez que ce que j'ai publié ici est véritable , ou préparez- vous à me combattre. Cet homme n'eut pas le loisir de répliquer, ni don Quichotte de s'ôter du chemin ^ ce qu'il ne voulait pas non
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plus 9 qu'une grande troupe de taureaux et d^autrès bœu& ayee ceux qui les condiiisaient, heur-
tèrent notre cavalier etson écuyer, renversèrent hommes et montures, et leur passèrent sur le ventre , les' laissant moulus et froissés , comme on se le peut imaginer. Don Quichotte se leva brusquement , mais tout étourdi de la chute , et bronchant de pas en pas, commença à courir après le troupeau téméraire^ ciiant de topte sa force : Arrêtez, canailles, attendez, c'est un seul chevalier qui vous défie , et qui n'est pas d'humeur à faire pont d'oi^ à l'ei^nemi qui fuit. Don Quichotte ae fut pas entendu , ou personne ne fit cas de ses menaces , et le tnoupeaus'ëloignaut toujours , ;le chevalier las et froissé , et encore plus fâché de perdre sa vengeance , fut contraint malgré lui de s'asseoir à terre , en attendant Sancho-, qui; arriva bientôt avec Iktesinante et le grison ; tous deux si foulés , qu'ils avaient bien de la peine à se soutenir. Mos aventuriers mon* tèrent à eheval , et»tout honteux de cette impex^ tinente aventure , ils suivirent leur chemin , sans prendre congé des bergersde lanouvdle Âxcadie.