‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 4)Chapitre 158 sur 248 · CHAPITRE tlX · texte numérisé non relu

CHAPITRE tlX

De ce qaï arriva à don Quichotte , et que l'on peut véritablement

appeler avenfHré.

. Ukb fontaine d'ëâu claire et fraîche , i|ui coulait ]}an$^ un .agréable bocage, {n\ un |Hiissant remèâeiilalas$iitude.de nos aventuriers. Ils ^es-. cendireat au ^oUi, et après a^oir ôte la4>ride au eiison et à Rossinante <, ib secouàrent la poussièjce dont ils étaient pleins, m lavèrent les mains et le visage , et se rsrfraîchirent la boucher Cela fait , SsMieho , Te pluf vigilant des écuyers , visita protnptement le I^ssac , ^fu'il appelait son vademôcarif et ayahè tire 1^ [^oiasioni», il lei mit devant son maître. Don Quichotte était m las, (pi'il4[ie ^ngeail[ pas à manger^ et Sancha, qui était ^ctvil, n^osait toucher aux viandes que soni mattré n'eût commencé; maisle voyant engouffre dansMs imaginations j la f!atim,et les objets qui savent mouvoir les puissances , lui firent oublier toutes considérations, et il se mit à manger comme s'il ne l'eut fait de quinze jours. Mange,, ami Sancho, lui dit'don Quich<ftte, mange,, jouis du .plaisir de vivre , que tu goûtes mieux que moi ,^- et laisse-moi mourir dans la rigueur

3l6 DON QUICHOTTE.

de mes disgrâces : je suis né ^ Sancho , pour Tivre en mourant , et toi pour mourir en mangeant ; et pour te faire veir la vérité de ce que je dis , considère-moi fameux dans Thistoire qu'on a imprimée de ma vie , plus fameux par mes exploits , honnête danft mes actions , considéré des princes , aimé et chéri de toutes les dames ; et avec tout cela , lorsque j'avais sujet d'attendre des palmes , des lauriers , et les triomphes qae^ mér^t^nt ma valeur et mes hauts faits , je me vois terrassé , et foulé aux pieds par des animaux immondes, et en état d'être méprisé par tote ceux qui sauront naon aventure : crois-tu ,' mon ami, que l'aigreur d'une si terrihle pensée ne soit pas bien capable d'agacer les' dents , d'ôter le goût, et d'assoupir les sens et les membres? je t'assure, mon ënfaftit, que je n'ai pas le courage de porter la ni^n à la bouche; aussi suisrje résolu de nie laisser mourir de ^aim , qui est la mort de toutes la plus cruelle. Vous êtes donc bien éloigné, repartit Sâncho, qui ne cessait toujours d'avaler, du proverbe qui dit : meure la poule , pourvu qu'elle meure soûle : pour moi, je ne suis pas si sot que de me faire mourir moimême, et je prétends faire comme le cordonnier, qui étend le cuir avec les dents , et je pousserai ma vie en mangeant jùsqu à la fin. Ma foi,l mon maître, il n'y a pire folie que celle de se

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