PARTIE II, LIV. VIÏI, CHAP. LIX
désespérer, et personne ne s'en est encore bien trouvé; croyea-moî,*mangez seulement, et après avoir mangé , dormez deux heui*es sur l'herbe fraîçjie , et le ventre au soleil ; et quand vous vous réveillerez, si vous n'çtes pas mieux, dites niai de moi.
Don Quichotte se rendit aux discours de Sancho , connaissant lui-même que la. philosophie naturelle vaut bien tous les autres raisonnemens, et il lui dit : Sancho , mon fils , si tu voulais'faire pour çioi ce que je te vais dire, tu accourciraisfie beaucoup mes ennuis : pendant que' pour suivre tes. conseils et pour me reposer je m'en vais un peu dormir, éloigne-toi d'ici, je te prie, et te donne trois ou quatre cents coups de fouet avec la bride de Rossinante , sur et tant moins de trois mille six cents que tu 'te. dois donner, pour le désenchantement de Dulcinée ; car , en vérité , il y a de la honte que cette pauvre dame demeure plus long-temps «n l'état où elle est, et par ta pure négligence. Cela vaut bien la peine qu'on y pense , répondit Sancho ; dormons auparavant tous deux, et après nous verrons de quoi il est question : croyez-vous que ce soit une chose bien raisonnable , qu'un homme se fouette ainsi de sang-froid, et surtout quand les coups doivent tomber sur un coi'ps mal nourri ? que madame Dulcinée prenne patience , un de ces jours
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qu^elle y pensen le moins , elle . me vexia percé comme mi crible de coupar de fi^uetf jusqu'à la mort tout estTie, je veux dire. qu41 n'y a rien de peixltt pour attendre , et jç n'oublierai pas «e que j'ai promis. Dqp Quichotte remercia Sancho, et ik s'étendirent tous deux sm* l'herbe, laissant à Rossinante et au grison la liberté de paître- et de faire tqrût ce qu^Us voudraient.
Il était déjà tard^quand nos aventuriers se réveillèrent, et ils sje pressèrent de monter à cheval pour arriver de bonne heure à une hôtellerie qui leur seml>laif éloigni^e d'unç lieue ou environ ; je dis une hôtellerie , parce que don Quichotte la nomma ainâi lui-mâme, <ontre sa coutume d'appeler toutes les héftellerieiii des ch&teàux ; ce qui donna biçn de la joie à Sancho. Y étant arrivés , ils demandèrents^à» l'hôte s'il y avait place pour eux. Il leur répondit qu'oui, et qu'ils y trouveraient toutes les commodités aussi bien qu'en hôtellerie d^Ëspagne. Us mireiit pied à terre; et Sancho ayant senré \m har4es dans une chambre dont lliôte lui donna la clef , alla mettre Rossinante et le grison à l'écurie ,^€t revint chercher son maître , qu'il trouva as^s sur un puits.
L'heure de souper venue, don Quichotte monta à sa chambre , et Sancho demeurant avec l'hôte , lui demanda ce qu^il avait pour souper. Vous n'avez qu'à dire , répondit l'hôte : en chair