‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 4)Chapitre 160 sur 248 · PARTIE II, UV. VIII, CHAP. LIX · texte numérisé non relu

PARTIE II, UV. VIII, CHAP. LIX

et en poiBSOn vous serez servi abouche ^e vetrxtu ; jamais les levrauts, les lapereaux, les perdrix et les cailles , la venaison ni la viande de lait ne manquent ici. Il ne faut point tant de choses , repartit Sancho : deux bons poulets tout au plus feront notre affaire, et il y en^^aura de reste , car inon mailxe est délicat^ et mange peu ; et moi, je ne suis pas le plus grand mangeur du monde. Pour les poulets , repondit l'hôte , il n'y en a plus, le milan les a tous manges. Eh bien , monsieur Thôte , dit Sancho , faites-nofis donner une poularde qui soit grasse et tendre. Une pou^ larde! dit l'hôte en frappant du pied, par ma foi^ j'en envoyai hier vaidre plus de cinquante à la^ ville ; mais, hors ces poulardes, voy^z ce qu'il vous faut. Vous aurez bien quelque morceau de veau ou de chevreau, demanda Sancho. Il n'y en a point céans pour l'heure^ répondit rhôte, ce matin on a mangé le dernier morceau , mais je vous assure que la semaine qui vient il y en aura de reste. Courage, dit Sancho, c'est bien ce. qu'il nous faut: je gage que toutes ces grandes 'provisions aboutiront à du lard et des oeufs. Gela est fort, bien imaginé^, s'écria l'hôte : je dis à monsieur que je n'ai point de poulets, et il veut. que j'aie des. œufs; voye^, monsieur, s'il y a autre chose qui vous accommode, et laissons-là toutes ces délicatesses. Et mardi , finis-

sons, monsieur Tkôte^ dit Sancho , et dites-nous vite ce que vous avez fmur souper, sans nous faire tant languir* Voulez-vous savoir ce que j'ai? répondit Thôte, j'ai deux pieds de bœuf tout prêts, avec de l'oignon et de la moutarde, qui sont un manger de prince. Des pieds de bœuf, ditSanchi]^ je les retiens pour moi, que personne n'y touche , je les paierai ^mieux qu'un autre ; mardi , il n'y a n^n au monde que j'aime tant. Je vous les gar<)erai , répondit l'hôte , parce que mes hôtes , qui sotiX des ^ns^ de condition , ont aussi leur cuisinier , leur, sommelier, et bien des provisions.

Pour la condition , dit Sancho , j'ai un maître qui n'en cède rien à « personne; mais son office ne veut pas qu'il ait ni de*, cuisinier: ni tant de train ; nou$ mangeons franchement Sans le miliçu d'un pré , et bien souvent des noisettes et des nèfles. Ce diseoui^ finit là; et quoique l'hôte eût démandé' à Sancho quel office avait ^ son maître , il s'api alla sans répondra. L'heure du souper venue , l'hôte porta le ragoût^ tout tel qu'il était, dais la chambre de don Quichotte; et comme il se^fut mis à manger , il pxift dans \me chambre qui n'était séparée de la. sienne que d'une cloison ; Je vous prie , seigneur don Geronimo, lisoss encore un chapitre de la seconde partie de l'histoire de don Quichotte , en

Page 1