PARTIE II, LIV. Vin,^CHAP. LIX
attendant le souper. Notre chevalier ne s'entendit pas plutôt nommer, qu'il se leva de la table et alla écouter ce qu'on disait, et il ouït que don Geronimo répondit i Pourquoi avez -vous ^ grande envie de voir ces impertinences, seigneur don Juan? après en avoir lu la première partie , quel plaisir peut-on prendre à lire cette seconde ? Fort peu , répliqua don Juan ; mais il n'y a point de si mauvais livre qui ft'ait toujours quelque chose de bon : ce qui me fâche le plus en cette seconde partie, c'est de ce que don Quichotte n'est plus amoureux de Dulcinée du Toboso.
A ce mot, don Quichotte , plein de colère, cria tout haut : Quiconque dit que don Quichotte de la Manche a oublié , ou est capable d'oublier Dulcinée du Toboso , il ment par sa gorge , et je le lui ferai voir avec armes égales, car la nom*pareille Dulcinée du Toboso ne peut point être oubliée , et un tel oubli est indigne de don Qui* chotte de la Manche : la fidélité est sa devise , et sa profession est de la garder incorruptible jusqu'à la mort. Qui est-ce qui parle là ? demandat-on de l'autre chambre. Et qui peut-ce être , répondit Sancho, sinon don Quichotte de la Manche lui-même, qui soutiendra fort bien tout ce qu'il a dit, et tout ce qu'il a à dire ? car un bôu payeur ne craint point de donner des gages. A peine Sancho avait achevé de parler, que
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3a2 DON QUICHOTTE.
deux gentilshommes eatrèrent dans la chambre de don Quichotte , et Tun d'eux lui jetant les bras au cou : Votre présence^ lui dit-il, ne déqient point Totre réputation, ni votre réputation Yotre présence , seigneur chevalier ; vous êtes sans doute le ventile don Quichotte de la Manche , le nord et Tétoile de la chevalerie errante, en dépit de celui qui a osé prendre votre nom , et qui tâche d'effacer l'éclat de vos grandes actions , comme il paraît par ce livre que je vous apporte. Don Quichotte prit le livre sans rien dire , et après l'avoir quelque temps feuilleté /il le rendit. Dans le. peu, dit-il, que j'ai lu de ce livre , j'y trouve trois choses dignes de répréhension : la première, quelques paroles qui sont dans la préface ; l'autre, que le langage est arragonais, car il oublie souvent les articles ; et en troisième lieu, et ce qui fait voir que c'est un ignorant, il se trompe et manque dans le principal de l'histoire, en disant que la fen^me de Sancho Pança, mon écuyer, s'appelle Marie Gutâerres, au lieu de Thérèse Pança, qui est son nom ; et il y a bien à craindre qu'un auteur qui se tf ompe dans une chose de cette importance , se trompe aussi dans le reste de l'histoire. Par ma foi , il est joli garçon , monsieur l'historien , dit Sancho ; c'est bien à lui à se mêler de parler de nos faits , puisqu'il appelle