‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 4)Chapitre 165 sur 248 · PARTIE II ^ LIV. VIII , C«AP. LX · texte numérisé non relu

PARTIE II ^ LIV. VIII , C«AP. LX

Merlin , qui lui apprenaient comme il fallait s'y pirendre pour la désenchanter. Dans cette pensée , il se désespérait de la lenteur de Sa^ncfao , qui s'était donné , à ce qu'il disait , seulement cinq coups de fouet, ce qui ne yalait pas la peine d'être compté sur le grand nombre de coups qu'il avait à s^ donner : cette pensée lui donna tant d'ennui, qu'il songea à y mettre ordre tout surle-champ. Si Alexandre-ie^Grand, disait-il, coupa le nœud gordien , en disant q^x^ajÂtant^çcdait couper que délier^ et ne laissa pas pour cela d'être msutre de toute l'Asie , pourcpioi ne réussirais - je pas aussi pour lo désenchantemen.t de Dulcinée , si je fouettais moi - même Sancjbo , malgré qu'il en ait ? car si la vertu du remède consiste en ce que Sancho reçoive les trois mille et tant de coups de fouet, que m'importe -t- il qu'il se les donne lui-même ^ ou qu'un autre les lui donne , puisque toute l'importance est qu'il les reçoive? Là dessus prenant sa résolution, et se munissant des étrivières qu'il prît à là selle de Rossinante , il approcha doucement de Sancho, et commença à lui défaire l'aiguillette de ses chausses. Sancho , s'éveillant en sursaut : Qui estce là , cria-t-il , qui e^trce qui détache mes chausses ? C'est moi , répondit don Quichotte i qui viens réparer tes manquemens, et chercher 4u remède à mes souffrances : je viens te fouetter,

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Sancho , et te décharger en partie de la dette à quoi tu t'es obligé ; misérable ! Dulcinée périt , tu yis sans inquiétude , et je meurs de désespoir et d'ennui : détache-toi donc de bonne volonté, car la mienne est de te donner pour le moins deux mille coups de fouet , pendant que nous sommes en cette solitude.

Non pas cela , dît Sancho , laissez-moi en patience ^ je vous en prie , ou par ma foi je crierai si fort Y que les sourds nous entendront^; les coups, à quoi je me suis obligé, doivent être volontaires , et non pas forcés ; et à l'heure cpi'il est, je n*ai nulle envie d'être fouetté ; qu'A vous suffise que je vous donne pai:ole de m'étriller sitôt que la fantaisie m'en prendra , mais il la faut laisser venir. Oh ! que je n'ai garde de m'en fier à toi , mon ami , répondit don Quichotte : tu es dur de cœur, et tu crains ta peau. £n disant cela , il s'efforçait de lui abattre ses chausses ; ce ^e voyant Sancho , il se leva debout , et ayant embrassé son maître, il lui donna la jambette, et l^ renversa sous lui, puis lui mettant un genou sur l'estomac, il lui prit les deux mains , le tenant en état de ne pouvoir remuer, ni seulement prendre haleine. Comment, traître , s'écriait don Quichotte , contre ton maître, contré ton seigneur naturel , contre celui qui te donne du pain ? Je ne trahis point mon roi , ré-

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pondit SanchOf je' n'en change point, je ne fais qne me secourir moiHEBéme ,• qui suis mon propre maître et mon vrai roi ; que votre seigneurie me promette de me laisser «In paix , et de ne songer point à «n« fouetter pour l'heure , et je TOUS laisserai aller, $i non tu mourras ici^ ùrdtre ennemi de la dona Saneha. Don Quichotte promit avec serment, et jtira par la vie de Dulcinée qu'il ne passerait pas outre , et que désormais il s'en remettrait à sa bonne foi.

Sanchô se leva et alla chercher à dormir dans un antre endroit assez loin de son maître. Gemme il. fut dessous;* un* arbre; fl sentit que quelque chose lui touchait la tête; iLy porta les mains, et trouva deux pieds avec des souliers et des chausses : la flray eur le prit , il alla sous un autre , et il lui al-riva la même chose : A moi ! seigneur don Quichotte, à rfioi! cria-t-il, au secours! D6n Quichotte y alla, et lui demanda ce qu'il avait à criet. Ces ambres sont pleins de pieds et de jambes d'iiômmes, répondit ^ancho. Don Quichotte y tâta , et devinant d'abord ce que ce pouvait être : Tii ri'às que Taire d'avoir peur, ditil à Sanclio , ces pieds et ces jambes d'hommes, ce sont sans doute quelques bandits et bandoliers qu'on a peifdûs à ces arbres , car voici l'endroit où bn a accoutumé d'eh faire justice quand on les^ afCtrape , et oh les attache par-ci par-là ,

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vingt à Tingt^ et trente à trente^ et cela më fait croire que nous s^pimes .t#utt auprès de Barce-? lonne; ce qui était vrai en effiit. De 1^ à quelque temps , le jour cowmen^^t ^ poindre , ils aper^ curent les arbres pres(]pe toui chaînés de corps de bandoliers. Cc^t af^reuls: ^ectacle les surprit ; mais ce fut bien pif , .qu^nd ils virent fondit sur eux tout-à-coup une cin^ptntaine de Semblables maraudi^ qui sortirent d'entré les arbres, ef leur crièrent en catalan , de demeurer et' (Fatf endre leu^ capitaine. Don Quichottê^e trouvant à pied^ et so% cheval débridé , sa lanct loib de Ixà^ en un mot san$ aucune d^ensé, tfu'aurait-ril pu faire ? aussi ùe fit-il que baisser la tête , se réservant pour une meilleure occasion. Les bandoliers déchargèrent le grison de tout et: qu'il portait, et ne laissèrent rien ni dan» le bissac ni dans la valise ; et bien prit h Saricho d'an^ir sur lui'les écus d'or qu'il cfut du duc , et tout Tàrgent de son m^utre , qu'il portait danf t^ie ceinture sous sa chemise ; encore ces honnêtes gens i'auraientils bien trouvé , l'eAt^l eachii dans la moële des os, si en méfté temps leur capitaine n'était arrivé, *

C'était un homme d'aviron trente-cinq ans, yigoureux, de bonne taille et de bonnemine, de couleur un peu JDrune, 0t avec un fegard^ assuré ,^0i^ il y avait je ne sais ^u(9i d'honnétf (S|.4'wg^"'

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