PARTIE II , LIV. VIII , CHAP. LX
tes et tirées , Tépée , le poignard et les éperons dorés , et tenant un mousquet à la main , avec deux pistolets à la ceinture. Je te cherchais, brave Roque, dit le cavalier en arrivant, pour trouver auprès de toi du remède à mes maux , ou pour le moins quelque soulagement; et pour ne te tenir pas plus long-temps en suspens, car je vois bien que tu ne me reconnais pas , je suis Claudia Geronima, fille de Simon Forte, ton meilleur ami, et l'ennemi juré de Clauquel Torellas, qui est dans le parti de tes ennemis. Don Vincent Torellas , son fils , devint , il y a quelque temps, amoureux de moi : il trouva moyen de me le découvrir, et moi le trouvant honnête et bien fait , je l'éco^utai favorablement ; enfin il me promit de m'épouser , il m'en donna sa parole, et reçut la mienpe ; et sur la foi l'un de l'autre , nous attendions tranquillement que nos parens finissent leurs démêlés, et fussent en état de consentir à notre mariage. Cependant j'appris hier' que cet ingrat Se mariait avec une autre , et qu'il devait l'épouser ce matin : cette nouvelle a fait sur moi l'effet que vous pouvez croire, jet mon père n'étant point à la maison , je me suis mise en l'équipage où vous me voyez , pour aller chercher don Vincent. J'ai tant fait que je l'ai attrapé à une lieue d'ici ; et d'abord , sans lyi'amuser à lui faire des reproches, ni lui donner le temps de
s^excuser , je lui ai tiré un toixp de mousqueton et deux coups de pistolet , et j'ai vengé sur son sang l'affront qu'il me faisait , et il est demeure entre les mains de ses gens <, qui n'ont osé ni pil se mettre en défense : je vous viens prier de me conduire en France , où j*ai des parens ; et quand vous serez de retour, de vouloir défendre* mon père , des insultes qu'il a à craindre du père et des amis de don Vincent. Roque, surpris de Taîr et de la beauté de Claudia, aussi bien que de ^ résolution , lui promit de T accompagner partout où elle voudrait; mais avant toutes choses, ditil, allons voir si votre ennemi est mort, et nous verrons après ce qu'il y aura à faire. Don Qui^chotte, voyant ce qui se passait: Il ne faut point, divily que personne se mette en peine de protéger cette dame, c'est mon affairie, et je m'en charge; qu'on me donne seulement mes armes, que j^aillè chercher ce chevalier, et mort ou vif, je lui ferai bien tenir ha. parole. Oh ! pardi , cela est hoc, cria Sancho, puisque mon maître s'en mêle; il a la meilleure main du monde pour les mariages : il n'y a pas encore bien long-temps qu*il fit tenir la parole qu'un drôle avait donnée à une demoiselle ; et si les enchanteurs , qui le poursuivent , n'avaient point changé cet honime en laquais , la pauvre fille serait à cette heure pourvue. Roque , qui ne pensait qu'à satisfaire la belle