PARTIE II j LIV. Vin, CflAP. LX
Claudia , ne s'amusa point au discours du maî-^ tre et du valet, ou n'en fit pas semblant ^ mais il fit i^ndre à Sancho tout ce que lui avaient pris ses gens ; et après leur avoir dit de se retirer au même endroit où ils avaient pîassé la nuit , lui et Claudia partirent aussitôt, pour aller cher- <;her doil Vinrent. Ils ne le trouvèrent point où Claudia l'avait lai^,*mais seulement du sang fraîchement répandu ; et , jcegardant de toutes parts ^ ils virent quelques gens qui montaient len-^ tement une €t>lline , et ils jugèrent que c'était doiift Yincent que ses valets emportaient j Ils pi-quèrent vers eu^^ et les ayant bientôt atteints ,> ils trouvèrent don Vincent entre les bras de ses gens , qui < d'une voix faible ef languissante ^ les priait dé le laisser mourir là, parce que le sang qu'il perdait, et la douleur dé ses blessures, ne lui permettaient pas d'aller plus avant.
A cette vue , Claudia , toute troublée , se jetant à terre , s'approcha de don Vincent , et également partagée entre la. tendresse et le dépit, elle lui dit , en lui prenant les mains : Si tu ne m.'avais pas trahie , don Vincent , tu ne serais pas en ce fâcheuit état. Le pauvre cavalier ouvrit à demi les yeux ^ et reconnaissant Claudia : Je vois bien , lui dit-il , chère Claudia , que c'est toi qui m'as donné la mort; je ne sais point ce qui t'y a obligée , mais jamais ni mes actions ni
mes désirs n'ont mérité que ta me Isaitasses de la sorte. Quoi ! il n'est pas Yiai , dit Claudia j que ta allais ce matin épouser Léonore , la fille de Balyastfe? Moi! répondit don Yincent; non assurément, et je n'y ai jamais pensé : c'est ma mauivaise fortune qui te Ta fait croire, afin qu^il m'en coûtât la vie; mais puisque je la quitte entre tes bras^ je ne meurâ pas sans conSQlatiQii, et je me- trouye trop heure^ d'être encore en état*de te donnv des mi^^ries sinc^es de mon amour et de ma constance : serre ma main, thère Claudia , et reçois moi pour époux z je n'ai pvint souhaité ni connu d'autre boAheur dans la vie ; et to«te la joie que je puis avoir en mourant » c'est de te détromper de l'e^rreur qui t'a obligée de me donner la mort. Claudia lui serra la main, et se trouvant en même temps le cœur pénétré d'uùe vive douleur, eUe tomba évanouie 9ur le corp$ sanglant de spn épousa, qui rendit aussitôt avec un grand soupir les tristes restes de sa vie. Les talets coururent promp|^siie»t chercher de l'eau t et leur en jetèrent au visage ; mais il n'y eut cpie Claudia qui en revint, et cettç pauvre fille Y0j9int sur le visage de don Yino»it des marques infaillibles de la mort qu'elle lui avait donnée « s'abandonna entièrementà la douleur: elle s'arracha les cheveux, se déchira le visage, et fit Inen voir à son air et à ses paroles qu'elle