‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 4)Chapitre 170 sur 248 · PARTIE II, UV. VIII, CHAP. LX · texte numérisé non relu

PARTIE II, UV. VIII, CHAP. LX

tant d'ëgalité et de prudence , qu'il n'y en eut pas un qui ne fût content. Cela fait , il dit à don Quichotte : Voyez -vous, monsieur, si on ne gardait pas cet ordre et cette exactitude avec ces ^ens-là, il n'y aurait pas moyen d'y vivre un moment. £h, par ma foi, dit Sancho, il faut que la justice soit une bonne chose , puisqu'on la pratique même parmi les larrons ! Un des ban« doliers , qui entendit Sancho, le coucha aussitôt en joue avec son arquebuse , et lui allait casser la tête, si Roque ne l'en eût empêché à force de crier. Sancho eut belle peur, et fit serment de n'ouvrir pas la bouche tant qu'il serait parmi des gens qui entendaient si peu raillerie. Sur cela il arriva un bandolier de ceux qui allaient épier sur le grand chemin les gens qui passaient, pour en venir rendre compte au capitaine. Monsieur, dit-il , il y a ici près une grande troupe de gens qui vont à Barcelonne. Et as-tu remarqué , demanda Roque , si ce sont ceux que nous cherchons , ou de ceux qui nous cherchent ? C'est de'ceux que nous cherchons, repartit le bandolier. A cheval , enfans , dit Koque , et qu'ôn'me les amène ici tous, sans qu'il en échappe pas lin. Tous les bandoliers partirent, et Roque, don Quichotte et Sancho étant demeurés seuls , Roque dit à don Quichotte : Cette manière de vie paraît sans doute bien étrange au seigneur

4on Quichotte , et je n^ m^ea éMane pas : ce sont toujours ateatures nouvelles , et toujours nouveaux événemens , et tous périlleux ; et j'a-voue moi-même qu'il nY^ pas une vie plus inquiète et plus désordonné que celle que nous faisons ; "-pour moi, ajouta«-t^il , je m'y trouve çgoigagé par certains motifs de vengeance , qui me troublent la fantaisie , et dont je ne saurais rêve* nir : je suis naturellement d'une humeur douce et pitoyable; mais comme }e vous' dis, le désir de me venger d'une offense' qu'on m^a faite, renverse toutes mes bonnes résolutions , et me re^ tient dans ce mÀlheureux métier , malgré mon inclination . naturelle ; et coxnme un abîme en attire un autre, et que les péchés sont enchaînés, npn^se\ilement je songe à me venger, mais j'entreprends encore la vengeance des autres : avec tout cela j^'espèi^ de la miséricorde de Dieu , qui a pitié dç la faiblesse des hommes., qu'il ne me laissera pas périr dans ce désordre^ et j'attends que sa bonté m'en retu'é, n'ayant pas la force de le faire moi-même.

Don Quichotte 4iat biftn étonné du discours de Roque : il ne croyait pas que parmi des gens de sac et de cojrde, il se pût trouver un homme qui eût de si hqp» sentimens ; et ravi de trouver occasion dé signaler sa piété , il lui répondit : Seigneur Roque , c'est un grand point pour la

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