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me trouves pas assez misérable pour te faire pitiés aie pour le moins compassion de ce pauvre chevalier que le déplaisir consume, de ce bon maître qui t'aime si chèrement et qui sèche sur pied dans l'incertitude de ta réponse. En ce L endroit, les soupirs et les larmes empêchèrent la nymphe de continuer. Don Quichotte se tournant yers le duc : Sur mon âme , dit-il , monseigneur , madame Dulcinée voit ce qui se passe dans mon cœur comme moi-mên^e , et si je ne me réservais pour la venger de T outrage qu'on lui a fait, je ne crois pas que je ne nioui^isse tout-à-l'heure de douleur*
Hé bi^n, Sapçho! que dites-vous à tout cela? demanda la duche^e. Je dis , madame , xe que j'ai déjà dit , répandit Sancho , que pour les coups de fouet, apernontio. Ab renuntio il faut dire , Sancho, dit le duc. En voici d'un^utrç! répondit Sancho : pour l'amour de Dieu, monseigneur, que votre grs^ndeur nie laisse en patience ; je suis Mén en état de m'amuser ^ ces subtilités»! vraiment il m'içaporte bien d'une lettre plus ou moins quand il est question .de quatre au cinq mille coups de fouet! Yous vous trompe:^, Sancho, repartit le duc, i) n'y en a que trois mille six cents. Grand merci , monteur! dit Saucho , voilà le compte bien diminué ! cmi trouve le iiiarché bon, n'a qu'à 1? prendre. Mais je voudrais bien savoir
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de notre maîtresse Dulcinée du Toboso où elle a aj)pris à prier ainsi les gens ? elle vient pour me prier de me mettre le corps en lambeaux pour Tamour d'elle, et en même temps elle m'appelle bête farouche , tigre abominable , avec une enfilade d'injures que le diable ne souffrirait pas; j'ai la chair de bronze peut-être, ou je gagne quelque chose à la désenchanter. Encore, si elle y venait avec une douzaine de chemises à 1a main , quelques coiffes de nuit ou seulement des escarpins, quoique je n'en mette pas, pardi ^ je ne saurais que dire : mais pour m'adoucir'elle me dit un boisseau d'injures , et on dirait qu'elle me va dévisager. Ne sait-elle point encore qu*un âne chargé d'or n'en monte que plus légèrement sur la montagne , et que les présens ramollissent les pierres, et qu'un tiens vaut mieux que deux tu auras^ et qu'il ne faut pas craindre de donner un œuf pour avoir un bœuf? d'un autre côté, voilà monsieur mon maître qui , au lieu de me flatter, lui qui devrait être le premier à me soutenir , me menace de me pendre à un arbre , et qu'il doublera la dose de l'oïdonnance du seigneur Merlin : pardi , celui-là est bon ! ces messieurs devraient bien considérer que ce n'est seulement pas un écuyer qu'on prie de se fouetter , mais un gouverneur; et encore faut -il regarder à qui on parle , et comment on prie ; qu'ils appren-
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neBt la civilité , et à prendre mieux leur temps; tous les jours ne se ressemblent pas , et }es hommes ne sont pas toujours de bonne humeur ; ils me voient affligé de mon habit vert qui est tout déchiré , et ils me viennent prier de^me déchirer moi-même ^ quoique je n'en aie pas plus d'envie que de me faire turc.
En vérité, ami Sancho^ dit le duc, vous y faites un peu trop de façon ; mais , en un mot comme en cent , ou il faut vous rendre , ou renoncer au gouvernement : vraiment , ce serait une chose admirable, que je donnasse à mes insulaires un gouverneur cruel et farouche qui n'est touché ni des larmes des dames affligées , ni des prières et des conseils des plus sages enchanteurs i encore une fois , Sancho , ou il faut qu'on vous fouette , ou que vous vous fouettiez vous-même, ou vous ne serez point gouverneur. Monseigneur, répondit Sancho, ne me donnerait-on point deux jours pour y penser ? Nullement, rqpartit Merlin, il faut conclure cette affaire sur-le-champ, ou Dulcinée retournera sur l'heure à la caverne de Montesinos , changée en paysanne , ou elle sera enlevée en l'état où elle était dans les Champs-Elysées , eii attendant que le nombre des coups de fouet soit accompli. Hé, allons , courage , Sancho ! dit la duchesse ; où est le cœur, mon cher ami, ^^us qui êtes si rai-
sonnable? il faut avoir un peu plus de reconnaissance du pain que yous avez mangé dans la maison du seigneur don Quichotte , que tout le monde considère , et que nous sommes tous obligés de servir à cause de son honnêteté et de ses grands exploits de chevalerie ; il faut mépriser ces coups de fouet, mon enfant, comme des choses indignes de la fidélité d'un bon écuyer ; ce sont des tentations du démon qu'il faut re** jeter; la peur n'est que pour les misérables, et un bon cœur ne trouve rien de difficile.
Par ma foi , ma bonne madame , répondit Sancho, vous avez peut-être raison , mais je suis si troublé , que je ne sais ce que je lais , et un autre y serait bien embarrassé. Mais , seigneur Merlin , continua-t-il , le diable qui est venu ici en poste a dit à mon maître d'attendre le se^neur Montesinos , qui allait venir pour parler avec lui du désenchantement de madame Dulcinée ; et , jusqu'à cette heure , nous n'avons point encore vu Montesinos, ni rien qui lui ressemble.
Ami Sancho , répondit Merlin , ce diable est un étourdi et un franc veillaque : c'est moi qui l'envoyais vers votre maître , et non pas Montesinos, qui n'a pas parti de sa caverne , où il attend la fin de son enchantement , qui n'est pas prête à venir; mais, s'il vous doit de l'argent, ou si vous avez quelque chose à lui demander ^