PARTIE n, LIV. Vra, CHAP. LXII. 36l
sion des armes, qui brille encore par -dessus toutes les autres.
Pendant qu'ils allaient de la sorte , un Castillan , qui venait de lire Técriteau , se mit à crier tout haut : Le diaUe t'emporte , don Quichotte de la Manche! comment, est - il possiUe que tu sois eocore en vie , après les coups de bâton que tu as reçus ? tu es un fou fieffé ; et si tu Tétais seul encore , ce ne serait pas grand dommage y mais tu as une folie contagieuse qui se communique à tous ceux qui te regardent;^ et il n'en faut «point d'autre exemple-, que ceux qui t'accompagnent! va, va, retourne chez toi prendre soin de ton bien , de ta femme et de tes enfans , sans te creuser davantage le cerveau , que tu n'as déjà que trop endommagé. Mon ami , dit Antonio au Castillan , passez votre chemin sans vous mêler de donner des conseils à qui ne vous en demande pas : le seigneur don Quichotte est trèssage, et nous qui l'accompagnons, ne sommes pas des betes , et la vertu doit être honorée en quelque endroit qu'elle se rencontre ; adieu, tirez pays , et jtte me le faites pas dire davantage. Pardi, monsieur, vous avez raison , répondit le Castillan, aussi bien est*ce perdre son temps et sa peine que de donner des conseils à ce pauvre fou ; mais c'est pitié que le bon sens qu'on dit qu'il fait voir en tant de choses, se perde toujours dans
les rêveries de la chevalerie crante ; mais, monsiétir, que je meure tout présentement , moi et tous mes descendans , si je m'avise jamais, quand je devrais vivre autant que Mathusalem, de donner des conseils à personne y m'en dut-on prier à^genoux. Le Castillan s'en alla , et les cavaliers continuèrent leur promenade ; mais la foule des gens qui les suivaient pour lire Técriteau, les in^ povtuna tellement , que don Antoiiio fut obligé de l'ôter, faisant ^ oire à don Quichotte que c'était tout autre chose.
La nuit étant ven^e, ils retournèrent tous che z don Antonio , où sa femme qui était bien faite et d'une humeur agréable, avait invité de ses amies pour faire honnenr à son hôte , et leur donner leur part de ses extravagances inouïes. Il vint donc quantité de dames, on y soupa magnifiquement, et sur les dix heures on commença le bal. Parmi ce& dames, il y en avait deux, entre autres , d'une humeur libre et fort enjouée , et qui avaient beaucoup d'esprit. Pour réjouir la compagnie , elles prièrent don Quichotte à danser, l'une le prenant aussitôt que l'autre l'avait quitté', et elles lassèrent si bien le pauvre chevalier, qu'il suait à grosses gouttes, et ne pouvait presque plus se remuer. C'était une chose admi^ rable à voir que sa figure , ce corps long, maigre et efflanqué , ce teint jaune et enfumé , Ces yeux