‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 4)Chapitre 181 sur 248 · PARTIE II , LIV. VIII j CHAP. LXII · texte numérisé non relu

PARTIE II , LIV. VIII j CHAP. LXII

creux, et ces moustaches longues et abattues, avec un habit si juste , que les coutures crevarent de tous^eôtës, et lui sans air, sans contenance, et nullement agile. Des daines Tagaçaient et le cajolaient à la dérobée , Tune après l'antre , comme si elles en eussent été amoureuîies , "et lui les méprisait à la dérobée , craignant de leur faire honte ; mais enfin se voyant importuné de leurs caresses : Fuyez, démons! cria-t-il tout haut, labsezr-moî en paix , sentimensdéshonnétes ; vous prenez mal votre temps, mes chères dames, la nompareille Dulcinée duToboso , Tunique reine de mon cœur, ne souffre point que d'autres en triomphent. En disant cela , il s'alla asseoir à belk terre au milieu de la salle , tout rompu et tout en eau d'avoir tant dansé. Don Antonio le pria de s'aller coucher, et fit venir des gens pour le porter à sa chambre. Sancho fut le premier qui raida à se lever, et il lui dit en* le prenant : En bonne foi, vous avez dansé ce coup-ci! notre maître :'croyez-vous que tous les braves étaient des danseurs, et Ihdus les chevaliers eiràhs des bedadins? pardî , si vous lé croyiez , vous étiez, bien^ trompé : il y a tel homme qui aura le courage d'atta,quer le géant , et qui serait bien empécl^ à faire une cabriole ; dame , cela ne se fait pa^ de même : s^il était question de sauter , en se frappant le derrière avec les talons, il ne fallait

que me le dire, j'aurai sauté pour vous, car. Dieu merci, nous renteudons, et sans vanité, c'est notre métier ; pour d'autre danse , véritablement ce n'est pas mon fait , aussi je ne m'en pique point , et il serait bon que chacun ne fît que ce qu'il sait faire , car on ne gagne rien à vouloir aller sur le marché des autres , et il y a des endroits ou il ne sert de rien de faire le brave ! il y a de la marchandise à tout prix , mais , ma f oi , il y a des étofTes qui ne sont pas de durée ; quand on voit cela , il faut les épargner, car de les porter toujours, on en voit bientôt la fin ; et le pis de cela , c'est qu'il y a des étofTes qu'on ne trouve point chez les marchands , et quand elles sont usées , bonsoir et bonne nuit, il n'y a plus rien à faire. Toute la compagnie rit des sottises de Sancho; et lui, aidé d'un autre , alla mettre don Quichotte au lit, le couvrant bien chaudement, afin que la sueur le guérît de sa lassitude.

Le lendemain , don Antonio demanda à don Quichotte s'il ne voulait pas faire l'expérienee de la tête enchantée ; et il mena dans la chambre où elle était , lui et Sancho , deux gentilshommes de la ville , et les deux dames qi}i avaient si bien fait danser notre chevalier. Sitôt qu'ils furent entrés , don Antonio ferma la porte aux vertoux, apprit à la compagnie les vertus de la tête en-

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