PARTIE II, LIV. VUI, CHAP. LXII
chantée , leur recommanda le secret , et leur dit que c'était là le premier jour qu'on en pouvait faire Tépreuve. Personne ne savait assurément le secret de la tête , si ce n'était les deux gentilshommes à qui don Antonio l'avait dit , et sans cela ils n'auraient pas été moins surpris que les autres , tant l'artifice en était admirable et iien conduit. Don Antonio s'approcha le premier de la tétef, et lui dit d'une voix basse , de telle sorte pourtant que tout le monde pouvait l'entendre : dis-moi, tête, par la vertu que tu enfermes, qu'est-ce que je pense à l'heure qu'il est? En même temps la tête , sans remuer les lèvres , mais d'une voix claire et distincte , répondit ces paroles , qui furent entendues de toute la compagnie : « Je ne juge point des pensées. » Tout le monde parut étonné , et les dames furent bien effrayées, car autour de la table , cii dans toute la chambre , il n'y avait personne qui pût faire cette réponse , et on voyait bien qu'elle venait directement de la tête. Combien sommes-nous ? lui demanda encore don Antonio. « Toi et ta femme , répondit la tête , avec deux de tes amis et deux de tes amies , et un chevalier fameux , appelé don • Quichotte de la Manche, et son écuyer , qui se nomme Sancho Pança. » L'étonnement fut plus grand que jamais , et il y en eut plus d'un à qui les cheveux se hérissèrent sur la
tête. Ea voilà assçs , dit doa Antonio en se retirant Pour me faire voir que je n'ai point été trompé pv celui qui t'a vendiie , tête sage , tête parlante, tête merveilleuse et incomparable^ qu'un «utre s'approche ,.ajouta-t-il, et demande tout ce qu'il voudra. Gomme les femmes sont d'ofdinaire les plus curieuses et les plus empressées^ ce fut une des danseuses qui s'i^procha, et elle dit : Dîsnnoi , tête , que faut-il que je fasse pour être très-belle ? « Spîs très-sage , » répondit la tête. Je n'en demande pas davantage , dit la dame, fiaîlsant place à sa compagae. Je vaudrais bien savoir f savante tête, demanda* Tautre , si mon man m'aime ou non ? La têl^e lui répondit : « Regarde comment il vit avec toi, et tu le connaîtras. » C'est fort bien, répondre , dit la dame : en eff^ les actions font voir la di^^position du cœur de celui qui les^ fait Un des amis de don Antooio demanda iQni suis-je,-moi? il lui fut répondu > << Tu le sais. » Ce n'est pas ce que je demande , repartit le cavalier , je veux savoir si tu janejponnais. « Je te connais fort bien, répondit .la tête, tu es don Pedro Nori/$. » C'est assei^t d tçte'^dmirable! ajouta le cavalier, pour me fairç voir que tu n'ignores rien. L'autre^mi s'approcha , et demanda : Quel dessein a l'aîné de me$ aifains? « J'ai déjà dit, répondit la tête, que je ne juge point des pensées , mais j'ai à te