PARTIE II, LIV. VUI, QHAP. LXII
de dessous la presse , d'autres qui eoirigeaieht les formes, d'autres qui composaient, et tout ce qu'il y a à remarquer dans un^ imprimerie. Il allait de côté et d'autre , sîinformant aux eom^ pagnons de tout ce qu'ils foiraient , et il admirait tout ce qu'il voyait. Il s'opprocha d'un compositeur, à qui il demanda ce qu'il faisait. Monsieur , lui rëpcmdit cet homme , ce gentilhomme que TOUS voye£ là , lui montrant en même temps un homme de bonne mine, et qui avait l'air fort sérieux ; a traduit un livre italien en espagnol, et je sui^ après à composer sur là €<>pie , pour la mettre sous la presse. Et Qu'est-ce que le titre du Jivre ? déitianda don Quichotte, Monsieur, lui dit l'auteur, c'e«t le Bagatele, en italien. Comment réndëz^^i^us ce mot en tepafgnol, monsieur? demanda don Quichotte. Le Bagatele , dit l'auteur , c'est ce que nous appelons parmi nous les Juguté», et ce que les Français appellent les Bagatelles; et«quoique ce livre ait pour titre un ihot qui n'en donne pas une grande idée , il ne laisse pas d'être fort bon , et de fenfemjer deê choses sérieuses et de bon goût. Je me pique , repartit don Quichotte , de savoir un peu l'italiftn , et f ai lu plusieurs fois mon Arioste ; mais dhes-moi , je vous prie , monsieur , ce que je vous demande simplement par curiosité, et il on polir examiner votre savoir:
n'avez-vous pas trouvé quelquefois 4ans le livre que vous avez traduit, le mot pirmatai Fort souvent, répondit Fauteur. Et coftiment le traduisez-vous ? demanda don Quichotte. Comment le traduiraisr-je, répliqua Fauteur, autrement que par le mot de marmite? Vous avez raison, dit don Quichotte , je vois bien que vous l'entendez, je m'assure que quand vous trouvez pioche , vous le rendez par il plaît , leur più par plus , le sii par dessus, ou.en haut, et le gm par en bas? Assurément , monsieur , répondit l'auteur , car c'est leur propre * signification. Je m'imagine monsieur , dit don Quichotte , qu'on ne vous connaît pas bien dans 4e monde , et qu'on ne vous y fait pas trop de justice : hé , qu'il y a de talons perdus , que de beaux esprits cachés , et que de vertus méprisées , faute d'en connaître le mérite! avec tout cela , je n'ai pas trop bonne opinion des traductions^ si ce «l'est de, celles qu'on fait du grec et du -latin, qui sont les premières langues : il me semble que c'est regarder des tapisseries de Flandre à l'envars , dont les figures ne lai^ent pas de pyaître, mais «avec tant dq filets, qu'on ne les voit point distinctement , et ou dirait que ce ne sont que de simples ébauchés ; il nie semble encore que les traductions qu'on fait des langues communes en des langues de même nature , ne témoignent ni beau-