‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 4)Chapitre 189 sur 248 · PARTIE II, UV. Vm, CHAP. LXIII · texte numérisé non relu

PARTIE II, UV. Vm, CHAP. LXIII

bait fsn lui ; et,, plein de frayeur , il se mit la tête entre les jambes , comme pour %e çauver. Don Quichotte ne fut pas exempt de peur, il tressaillit et pâlit , et eut bien de la peine à se rassurer. Les forçats relevèrent Tantènne avec le même bruit et autant de promptitude qu'ils l'avaient abaissée , et tout cela dans le même silence que s'ils eussent été muets. Le comte donna le signal pour lever l'ancre , et sautant aussitôt sur la coursie , il étrilla les épaules des forçats, et la galère commença peu à peu àr entrer en mer. Quand Sancho vît remuer tout d'un coup tant de pieds colorés , car pour tels il prit les rames : Hé , que diable est-ce que ceci ? dit-il , en voilà, à ce coup , des choses enchantées , et non pas ce que dit mon maître ; mais qu'est-ce qu'ont fait ces pauvres malheureux pour les traiter ainsi ? et comment cet homme , qui s'en va là sifflant , est-il ^sez hardi pour fouetter tout seul' tant de gens ? par ma foi , si ce n'est pas ici Penfer , je jurerais bien que nous n'en sommes pas loin ; et je né m'y connais pas , ou il faut que ce soit au moins 1© purgatoire. -

JDon Quichotte , qui vît avec quelle attention Sancho regardait tout ce qui se passait , prit occasion de lui dire : Ami Sancho , hé , mon enfant , si tu avais voulu te dépouiller de lia ceinture en haut, et te mettre parmi ces messieurs,

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pour te fouetter de compagnie, que tu.gprais achevé hhpn marche le désenchantement de Dulcinée ! la peine que tu as à voir souffrir les autres , aurait de beaucoup diminué la tienne ; et peut * être que le sage Merlin t'aurait passé un coup pour dix, te les voyant donner par une si bonne main. Le général voulait demander à don Quichotte ce que c'était que ces coups de fouet et le désenchantement de Dydcinéevdont il parlait ; mais il en fut empêché par|le pilote , «qui lui cria que la sentinelle de Montjoui faisait signe qu'il y avait un.bâtiment à rames vers la côte du côté du couchant. Le général sauta vite sur la coursie , en criant : Courage , enfans , qu^il ne nous échappe pas! il faut que ce soit quelque brigantin de corsaire d'Alger , que la sentinelle découvre. Les autres galères se joignirent en un moment à la capitane , pour recevoir les ordres du général, qui en commanda deux pour tenir la mer , pendant qu'avec l'autre il irait terre-àterre afin que le brigantin ne pût se sauver. Les forçats serrèrent les rames et firent voguer les g^ères avec tant de furie,4iu'il semblait^u' elles volassent. A peine celles qui avaient pris le large, avaient-elles fait 'deux milles , qu'elles découvrirent le brigantin, et ^rent qu'il étaîl de quatorze ou quinze bancs ; et le brigantin n'eut pas plutôt aperçu les galères , qu'il prit la chasse , croyant

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