PARTIE II, LIV. VIII, CHAP. LXIII
les. éviter par sa légèreté. Maî| ce fut inutilement , parce que la capitane ,' qui était un des plus légers vaisseaux qui fût à la mer , lui gagna le de vjuat , de telle Sjorte que ceux du brigantin connaissant qu'ils n^ pouvaient échapper, le patron voulait quWn quittât les rames , et se rendre, pour ne pas irriter notre général. Mais dans le même temps qu'il leur criait aussi de la capitane qu'ils se rendissent , deux Torlîquis , c'està-dire , deux Turcs ivrognes, ide douze qu^il y avait sur le vaisseau , tirèrent deux coups de mousquet dans la galère, et tuèrent deux sol^ dats sur la rambade ; ce j^ui irrfta si fort le général , qu'il jura qu'il en coûterait Bk vie à tous ceux du brigantin, et il l'attaqua de furie^ Le brigantin esquiva par-dessous les rames ; maiS la galère lui poupa le chemin , et le devança d'un bon espace. Ceux du brigantin , se jugeant perdus , firent voile pendant que la capitane revirait , et se mirent à fuir à force de voiles et de rames. Toute leur diligence ne servit qu'à éloigner de quelques momens leur perte : la capitane les joignit en moins de rien , leur passa les rames pardessus , et on les prit tous en vie. Les autres galères, arrivant en même temps, toutes quatre avec leur prise , retournèrent à la côte , du un nombre infini de gens les attendaient, pour voir le butin qu'elles avaient fait. Le général ancra
près de terre, pt sachiftit que le vice -rejetait sur le rivage , il fit jeter Tesquif pour l'alff quérir , pendant qu'il faisait baisser Tantenne , résolu de faire pendre sur-le-champ le patron du brigantin ^ avec tous les Turcs , qui étaient au nombre de trente - six , tous ^ns bien faits , et des meilleurs arquebusiers.
Le général demanda qui était le capitaine du brigantiii /et un des esclaves, qu'on sut depuis être un renégat espagnol , répondit en castillan : Voilà notre patron, monseigneur, ce jeune homme que vous voyez là , lui montrant de la main un jeunef garçon d'environ vingt ans, et admirableitient beau. Dis-moi, chien, lui dit le général , qui t'a obligé de faire tuer mes soldats, voyaift bien qu'il t'était impossible d'échapper? est-ce là le respect qu'on doit à la capi|ane ? ne sais -tu pas que ce n'est point être vaillant que d'être téméraire, et que c'est tout ce qu'on*peijt faire que de hasarder quelque chose quand Tespérance est douteuse? Le patron allait répondre, mais le général le quitta pour aller recevoir le vice-roi qui entrait dans la galère avec quelques gens de sa maison , et des personnes de la ville. La chaise a-t-«ile été bonne , m<$nsieur le général? demanda le ^ice-roi. Si bonne, monsieur, répondit le général, que votre excellence va la voir pendre tout-à-l'heure au haut de cette an-