‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 4)Chapitre 191 sur 248 · PARTIE II, MV. VIII, CHAP. LXIII · texte numérisé non relu

PARTIE II, MV. VIII, CHAP. LXIII

tenne. Hé |^ pourquoi cela ? répliqua le vice-roi. Parce que sans raison , contre tout droit et tout usage de guerre , ils m'oot tué deux des meilleurs soldats qui fussent sur ma galère, et j'ai juré de faire pendre tous ceux qui se trouve-^ raient dans le brigantin, principalement ce jeune étourdi, qui en est le patron. Il lui montra en inême temps le garçon qui avait déjà les n^ains liées, et n'attendait plus que la mort. Le viceroi jeta les yeux sur lui , et en eut coiypas^on. Sa beauté , sa jeunesse , et un certain air modeste, semblaient demander sa grâce, et il résolut de lui sauver la vie.

Patron , lui demanda-t-il, es-tu Turc de nation , More , ou renégat ? Je ne suis rien de tout cela, répondit-il en castillan. Qu'es-tu donc , répliqua le vice -roi? Je suis, dit -il, fille et chrétienne. Fille et chrétienne , répliqua le vice-roi, en cet équipage, et en tel lieu! en vérité, c'est une chose admirable ; mais le faut-il croire ? Messieurs, dit le patron, si vous voulez suspendre pour quelque tempi^J'arrêt de ma mort, vous saurez toute mon histoire , et vous ne différerez pas de beaucoup votre vengeance. Il n'y avait personne qui ne fût touché des paroles du jeune homme , et de l'air dont il les disait ; cependant le général 9 toujours irrité , lui dit fort rudement t Racontez ce que vous voudrez , mais n'espérez

pas cpe je vous pardonne la mort de mes soldats. Messieurs ^ dit le jeune homme , je suis fille d'un père et d'une mère Mores , et née en Espagne^ parmi cette nation imprudente et malheureuse , sur qui il a tombé depuis quelque temps un torrent de disgrâces. Pendant le cours de nos mal-* heurs, deux de mes oncles m'emmenèrent en Baii>arie ; et il ne me servit de rien de dire que j'étais chrétienne, comme je la suis effectivement , et résolue de vivre et mourir telle. Ceux qui avaient charge de faire exécuter les ordres du roi , ne se soucièrent point de ce que je disais , et mes oncles croyant que ce ne fût qu'une défaite pour demeurer dans le pays où j'étais née , m'entraînèrent avec eux malgré moi. Ma mère était chrétienne, et mon père, qui était un homme avisé , faisait aussi profession de l'être : si bien que je suçai avec le lait la foi catho-<lique , et je ne crois pas avoir jamais témoigné , ni dans mes paroles ni dans mes actions , aucune inclination contraire. Quoique je fusse fort resserrée dans la maison de m#n père , et que je me retirasse assez de moi-même, un peu de réputation que j'avais d'être belle , ne laissa pas de m'attirer un jeune gentilhomme appelé don Gaspar Gregorio , fils aîné d'un chevalier qui avait une maison proche de notre village. Il serait trop long de vous dire comment il mt vit ^ l'adresse

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