‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 4)Chapitre 192 sur 248 · PARTIE II, tiV. Vill, CHAP. LXIII · texte numérisé non relu

PARTIE II, tiV. Vill, CHAP. LXIII

dont il se servit pour metparler^ et les marques qu41 me donna de sa pasision , aussi bien que la joie qu'il eut de croire que je ne le haïrais pas : je n'ai pas assez de tettips, et je ne veux point abuser de la penhissioi^ que vous m'avez don*née« Je vous dirai seulement que don Gregorio^ résolu de nous accompagner dans notre bannis^ sèment , se mêla parmi les Mores qui sortirent de quelques villages voisins ^ et dont il entendait bien le langlage ; pendant le voyage* il fit amitié avec mes oncles qui étaient chail'gés de moi, parce que dès la première proclamation dû bannissement des Mores, mon père avait passé dans un autre royaume , pour nous chercher un lieu de retraite, après avoir auparavant enterré quantité d'or et de perles , et quelques pierreries précieuses ^ dans un lieu dont j'ai seule connais^ saAce , me défendant d'y toucher, si par fortune on nous chassait avant qu'il fût dé retour. Je laissai donc là le trésor , et passai en Barbarie avec mes oncles , et d'autres de nos pàrens et de nos amis : le premier endroit où nous nous alxêtâmes, fut Alger, et ce fut un enfer pour iious. Le roi d'Alger ayant entendu dire que j'étais fort belle , et apprenant en même temps que j'étais extrêmement riche, ce qui fut en partie cause de mon bonheur, il m'envoya aussitôt chercher, et me demanda de quel endroit d'Espagne

j'étaisv et si j'apportaîis beaucoup d'argent et de pierreries ; je lui dis le lieu de ma naissance , et que mes richesses y étaient enterrées, mais qu'il ne serait pas difficile de les avoir « pourvu que j'y allasse moi-^méme ; tâchant ainsi de l'éblouir par l'espérance de les posséder , de crainte qu'il ne fût tenté par ce peu de beauté qu'on lui avait tant vsuitée.

Pendant qu'il s'entretenait. ()e la sorte avec moi 9 me fa^jsant plusieurs autres questions, on lui vint dire que nous avions en nôtre compa-

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gnie un jeune homme des plus beaux et des plus agréables qu'on eût jamais vu : je vis aussitôt qu'on voulait parler de don G^par, <pn ^t assurément d'une beauté peu ccHnmune , et je fus tout effrayée du péril qu'il courait, ayant ouï dire que cette nation barbare et détestable fait plus de cas dé la beauté des hommes que de celle des femmes. Le roi témoigna de l'impatience de le voir, et commanda sur-le-champ qu'on le lui amenât , me demandant si qe qu'on en disait était vrai. Alors, comme inspirée, je lui répondis qu'oui', mais que c'était une fille aussi bien que moi , et que je le suppliais de me permettra de l'aller habiller comme elle devait l'être , afin que sa beauté se fit voir dans le naturel i et qu'elle n'eût pas de boitte de paraître d^uisée en sa présence. Le roi me dit que j'y allasse , et que le jour

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