‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 4)Chapitre 203 sur 248 · PARTIE II, LIV. VIII, CHAP. LXV. /^o · texte numérisé non relu

PARTIE II, LIV. VIII, CHAP. LXV. /^o

porté par terre, et qui d'une année entière n'oserais porter les armes? de quoi est-ce que je me vante , moi qui suis plus propre à porter la quenouille, qu'à manier une épée? Et }arhi , monsieur, laissez cela, interrompit Sancho, vous me faites mourir avec vos discours : hé , que diable est-ce que ceci , voule^vous vous cïïitcrrer tout vif? pardi ! vive la poule encore qu'elle ait la pépie : dame! on ne peut pas toujours vaincre ; ne faut-il pas que chacun ait son tour? c^est aujourd'hui pour vous , ce sera demain pour un autre ; ainsi va le monde, voyez- vous, iln'y a rien de sûr à ces batailles; mais celui qui tombe aujourd'hui se relèvera demain , si ce n'est c[u'il veuille garder le lit : je veux dire, si ce n'est qu'il se laisse si fort abattre le courage, qu'il ne lui en reste pas pour faire un nouveau combat ; levez-vous donc , mon cher maître , et allons recevoir don Gregorio : il faut qu'il soit déjà dans la maison , au bruit que j'entends, et de la manière qu'on se remue.

Il était vrai comme Sancho lé pensait. Don Gregorio, après avoir salué le vice-roi, était venu avec le renégat chez don Antonio , impatient de voir Anne Félix, et sans se donner même le loisir de quitter un habit d'esclave qu'il avait pris en s' embarquant à la sortie d'Alger Mais en quelque état qu'il fût , il n'en avait pas

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moins bonne mine , et il attirait 1^ yeux de tout le n^qnde; auasi était -il d'une beauté surprenante , et il avait tout au plus dix-sept on dix* huit an^. Ricot^ et \nne Félix allèr^t le recevoir , le père plejofant de joie , et la fiUe avec beaucoup de modestie , et sans s^embrasser les uns et 1/es autres, se contentant de la sincérité de leur ^fe;Ctioi» , sans se donner de ces sortes de témpigiidgies qui ne sentent pas asse^ le respect. Les deux amans ne se parlèrent que par leur silence , et leurs yeux £iirent les seub interprètes de leur joie et de la tendresse de leurs sentimens. Ija beauté de don Gregorio fiit un nouveau sujet d'admiration pour tous ceux qui le voyaient : on ne cea^it de le regarder que pour considéri&r Anne Félix; et plus on les considérait Vjxn et l'autre , plus on les trouvait aimables. Le renégat raconta de quelle manière il avait délivré don Gregorio ; et don Gregorio fit le récit d/s ce qui lui était arrivé à Alger, des périls où il s*était vu , et des frayeurs qu'jl avait eues parmi les femmes avec qui ont Favait mis ; mais il en parla modestement , et en peu de paroliss, et de si bonne grâce, qu'on ne lui trouva pas moins d'esprit que de beauté. Ricote paya libéralement les soins et la peine du renégat, aussi bien que les gens qu'il avait employés pour ramer, et le renégat rentra dans le sein de

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