PARTIE U , Liy. VIII , CHAP. LXV
régUse par le moyen de la pénitence que ses larmes firent juger véritable et sincère.
De la à deux jours le vicç-roi et don Antonio songèrent aux moyens d'empêcher quV>n n'in* quiétât Bicote et Anne Félix , qu'ils souhaitaient de faire demeurer en Espagne , la fille étaat véritablement chrétienne , et le père n'ayant apparemment aucune mauvaise intention. Don Antonio s'offrit d'aller à la cour solliciter lui-même cette affaire , faisant entendre qu'il y en avait d'auti*es qui l'y appelaient nécessaîrement , et qu'à force de présens et d'amis , il espérait d^en venir à bout. Mais Ricote, qui était présent, dit qu'il ne fallait rien attendre ni de la faveur ni des présens , parce que le comte de Sala^r., que le roi avait chargé de chasser les Mores , était un homme inflexible , avec qui les prières et les offres étaient absolument inutiles ; que rien n*échappait à sa vigilance , et que quoiqu en tout autre chose il ne fût pas si sévère , néanmoins en cette occasion , connaissant que toute la nation était mal intentionnée , il ne faisait aucune grâce, et exerçait la dernière rigueur; de sorte que malgré toutes les ruses et les fourberies des Mores, il en avait déjà nettoyé l'Espagne, sans qu'on pût craindre qu'elle en fût jamais troublée. Quoi qu'il en soit, dit don Antonio, quand je serai sur le lieu , j'y ferai tous mes efforts ,
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et il eh réussira ce qu*il plaira à Dieu. Don Gregorio viendra avec moi pour consoler ses parens , qui sont fort affligés de son absence , et Anne Félix demeurera ici avec ma femme , ou dans un couvent. Pour Ricote, je suis assmré que monseigneur le vice-roi ne lui refusera ni sa maison , ni sa protection , jusqu'à ce qu'on voie ce qui arrivera de cette affeire. Lç vice -roi approuva toutes les propositions de don Antonio. Pour don Gregorio, il dit d'abord , qu'il ne voulait ni ne pouvait en auébne manière s'éloigner d'Anne Félix ; néanmoins comme il avait envie de voir ses pal?ens, et qu'il crut qu'il pourrait faire quelque chose pour elle , il consentit à s'en aller. «Quelques jours après ils partirent , et ce ne fut pas sans soupirer, et verser des larmes du côté de don Gregorio et d'Anne Félix, en se séparant l'un de l'autre. Ricote dffrit mille écus à don Gregorio, et le pressa fort de les prendre; mais il n'en voulue pas, et il prit seulement de don Antonio Targent dont' il crut avoir besoin. Deux jours après , don Quichotte , qui se trouva un peu remis de sa chute , se mit aussi en chemin, désarmé, et simplement en^habit de voyage ; et Sancho le suivit à pied^ parce que le grison était chargé des armes de son maître.