‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 4)Chapitre 205 sur 248 · CHAPITRE LXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXVI

Qui traite de ce qae ferra celui qui le lira.

- Au sortir de Barcelonne , don Quichotte regardant tristement le lieu où il avait été abattu : C'est là, dit-il, que fut Troie; c'est là que mon malheur, et non pas ma faute , enleva toute la gloire»que j'avais acquise ; c'est là que la fortune me fit sentir son inconstance , et éprouver ses caprices ; c'est là que s'est obscurci l'éclat de mes grandes actions, et que ma valeur a fàittiaufrage ; et c'est là enfin que ma réputation est tonibée pour n'cB relever jamais. Monsieur, lui dit Sancho , un brave courage doit avoir autant de patience dans son malheur qu'il a de joie dans sa bonne fortune ; voyez aussi comme je fais, si j'étais joyeux quand fêtais gouverneur : à cette heure que je ne suis qu'un écuyer à pied , je ne suis pa$ triste, car j'ai ouï dire que cette créature qu'on appelle fortune , est une femme fantasque, toujours ivre, et qui ne voit goutte ; aussi ne voit-elle point ce qu'elle fait, et ne sait qui elle abat, ni qui elle relève. Je te trouve bien philosophe, Sancho, dit don Quichotte; tu parles en docteur, je ne sais pas qui t'en a tant appris :

4lO ]>ON QUICHOTTE.

tout ce que j'ai à te dire , c'est qu'il n'y a point de fortune au monde , et de tout ce qu'on voit ici bas , bon pu mauvais , rien ne se fait par hasard, mais toujours par une providence particulière du ciel ; et c'est à cause de cela qu'on dit que chacun est ouvrier de sa fortune ; j'ai été l'ouvrier de la mienne , ^ parce que je n'y ai pas travaillé avec as3ez de prudeiKce , je me suis vu châtié de ma présoniption : je devais bien penser que la faiblesse de Rossinante n'était pas capable de soutenir la rencontre du puissant coursier du chevalier de la Blai^che Lup^ ; je m'aventurai cependant , et quoique je fis^e tout ce que je pouvais faire , j'eus la honte de me voir porter par terre ; mais quoiqu'il m'en çoi)ite l'honneur, je q'ai pourtant pas perdu, et je ne puis ni ne dois perdre , la vertu d'accopiplir çia parole : quand j'étais chevalier errant, vaillant et hardi, mon bras et mes actions rendaient témoignage de ma valeur, et à présent que je sui^ un écuyer démonté , mon obéissance et l'accomplissement feront voir que je suis homme de parole ; marche donc seulement , ami Sancho , et allons faire chez nous notrç année de novic^t , ou plutôt accomplir notre bannissement : là nou3 prendrons de nouvelles forces pour reprendre ensuite avec plus d'éclat l'exercice des armes. Monsieur, répondit Sancho , ce n'est point une cbo$e

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