PARTIE II, IJV. VIII, CHAP. LXVl
$i plaisante , que cPaller à pied, que cela me donne envie de faire de grandes journées : attachons ces armes à quelque arbre , et quand je serai sur le dos de mon grison , que je ne toucherai plus des pieds à terre , nous irons tant vite que vous voudrez ; mais , ma foi , tant que je marcherai à pied, il ne £aut pas me presser, s'il vous plaît. Tu as fort bien dit , Sancfao , dit don Quichotte ; que mes armes demeurent ici e.n trophée , et nous graverons sur Técorce des arbres, ce qui était écrit au bas du trophée des armes de Roland :
Que nal ne soit si téméraire Que de toucher ces armes-ci, S'il ne veut se résoudre ausrà D'avoir avec Roland à démêler TafTaire.
Cela fera à merveiUes, monsieur, répondit Sancho ; et n^était le besoin que nous pourrions avoir de Rossante par les chemins , je serais bien d'avis qu'on le pendît aussi avec les armes. Je ne prétends pas qu'oi^ le pende , ni lui ni les armes , repartit don Quichotte , afin qu'on ne puisse dire : Bon service , et mauvaise récompense. C'est fort bien dit, monsieur, répliqua Sancho, car selon le dire des sages, la faute de l'âne ne doit poipt tomber sur le bât ; et puisque c'est vous qui avez le tort , châtiez -vous vousmême , et ne vous en prenez point à vos pauvres
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armes, qui sont déjà toutes rompues de vous avoir bien servi , ni au malheureux Rossinante , qui n'a pas besoin davantage de fatigue , et encore moins à mes pauvres pieds , en les faisant marcher plus que de raison.
Tout ce jour et trois autres encore se passèrent en discours semblables, sans qu'il leur arrivât rien qui eh valût la peine. Le cinquième jour ils entrèrent dans un village , où ils trouvèrent tous les habitans dans la place , qui s'étaient assemblés pour se divertir, parce qu'il était fête. Comme don Quichotte s'approchait d'eux , il ouït qu'un . laboureur de la troupe dit : Bon , voilà justement notre affaire : ces messieurs que voici , et qui ne connaissent point les parieurs , jugeront le différent. Oui-da , et de bon cœur, mes amis, répondit don Quichotte, pourvu que je l'entende : de quoi s'agit -il? Le fait est, mon bon monsieur, repartit le laboureur, qu'un habitant de ce village , qui est si gros et si gras , qu'il pèse près de deux cent quatre-vingts livres , a défié à courir un autre habitant , qui ne pèse pas la moitié tant que lui , et ils doivent courir cent pas , à condition qu'ils porteront aussi pesant l'un que l'autre ; et. comme on a demandé à celui qui a défié , comment il veut qu'on égale les poids , il a répondu qu'il faut que l'autre se charge de cent cinquante livres de fer, et que pat ce moyen il§