‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 4)Chapitre 223 sur 248 · PARTIE II , UV, VIII , CHAP. LXIX · texte numérisé non relu

PARTIE II , UV, VIII , CHAP. LXIX

Ëh mardi, point tant de civilité, madame la duègfie , dit Sancho 9 et rognez^-vous un peu plus les ongles. £nfin toutes les duègnes lui en donnèrent autant avec les mêmes cérémonies , et il fut pincé par tous les gens de la maison. Mais ce qui lui $t perdre patience , ce fut les coups d'aiguilles : au premier qu'il sentit , il se leva brusquement de aon siège , et prenant une torche allumée qu'il tnouv^a auprès de lui, il commença à donnf^r sur les duègnes , et sur ses autres bourreaux, cri^Qt de toute sa force : Hors d'ici , ministres de >Satan! croyes^vous que je sois de fer pour soufifrir» te martyre ? A^ ces inots , Altisidore , qui devait être lasse d'avoir été si longtemps en. \kn§. même^ posture , se tourna sur un côté, ce que voyant les assistans. Us s'écrièrent prei^que tous ^jx même temps , Altisidore est en vie! Altisidore est en vie! Rhadaitianihe ordonna à §ancbo de s'apaiser , puisque ce qu'on souhaitait , était fait. Comme doa Quichotte vit remuer Altisidore, il s'alla jeter aux genoux de Sancho, et l'embrassant tendrement : Eh! mon enfant , lui dit^il^ le bon moment que voici , si tu voulais te donner quelques coups de fouet , de ceux qu'on t'a ordonnés pour le désenchantement de Dulcinée! voici justement l'instant que la vertu est en. état dîopérer : ne le perds pas , mon cher ami:, sers-t'en pour le soulage-

ment de cette pauvre dame; donne -moi eetlc satisfaction , et travaille pour ta propre gloire. Savez-Tous bien , monsieur, répondit Sancho, que soie sur soie n'est pas bon à faire doublure ? est-ce que ce n'est pas assez d'être souffleté, pincé et égratigné , qu'il faille encore que je me fouette ? non , non , monsieur , il n'y a autre chose à faire , sinon de prendre une meule de moulin , me l'attacher au cou , et me jeter dans un puits; et sur mon Dieu, je ne m'en soucierais pas trop, puisque aussi bien pour guérir les maux d'autrui, il faut que je sois la vache de la noce : allez , allez , vous devriez mourir de honte , de me parler de cela à l'heure qu'il est ; et par ma foi , vous ferez tant , que je ferai serment de ne guérir jamais personne, quand il ne m'en devrait coûter qu'un poil de la barbe; pardi, voilà un beau don que j'ai apporté du ventre de ma mère : je guéris les autres, et je deviens plus malade qu'eux ; je voudrais bien que tous les mécins en eussent un pareil.

Altisidore avait déjà entièrement repris ses esprits; et dans les momens qu'elle s'était mise à son séant dans le tombeau, on entendit de toutes parts le son des hautbois et des musettes, et un nombre infini de voix qui criaient : Altisidore est vivante ! Altisidore est ressuscitée ! Le duc et la duchesse', Minos et Rhadamanthe

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