PARTIE II, LIV. VIII, CHAP. LXX
vais méprisée ; je ne sais pas , comme je Tai déjà dit une autre fois , ce que la guérison d'une folle peut avoir de commun avec le martyre de Sancho Pança , mais je ne le coainais que trop à cette heure , qu'il y a dans le monde des enchanteurs et des enchantemens ; et Dieu m'en délivre , s'il lui plaît, puisque je ne m'en sais point garantir : mais , monsieur , laisslez-»moi dormir , je vous en prie , si vous ne voulez que je me jette par la fenêtre. Dors, Sancho^ dors, mon enfant, dit don Quichotte, si tant est que le mal que tu as souffert te le puisse permettre. Hé mardi! répliqua Saiicho , je ne me soucierais guère des chiquenaudes , n'était l'affront de les avoir reçues par des duègnes; mais, encore une fois, monsieur, laissez-moi dormir, il n'y a que cela qui me puisse raccommoder. Je le veux , mon enfant, dit don Quichotte, et Dieu soit avec toi. Ils s^endormirent tous deux, et cid Hamet Benengeli prend ce temps-là pour n ous apprendre ce qui obligea le duc à inventer cette grande aventure que nous venons de voir. Il dit que Garrasco , ayant toujours sur le coeur le rude saut que lui avait fait faire don Quichotte , lorsqu'il lui fit vider les arçons sous le nom du chevalier des Miroirs , ce qui avait renversé tous ses desseins , il s'était résolu de faire une seconde tentative sitôt qu'il en trouverait l'occasion : il
vit le page qui avait porté la lettre de la duchesse à Thérèse Pança, et ayant su de lui ou était don Quichotte , il chercha aussitôt un cheval et des armes , et se mit en chemin avec un mulet chargé de son équipage , que conduisait un lahoureur qui lui servait d'écuyer , comme avait fait Thomas Cecial. Étant arrive chez le. duc, il apprit que don Quichotte en était parti, le chemin qu'il prenait, et qu'il avait fait dessein de se trouver aux joutes de Sarragosse ; le duc lui dit aussi tous les tours qu'on avait faits à notre che^ valier , avec ce qu'on avait inventé pour désenchanter Dulcinée , ce qui se devait faire aux dépens du pauvre Sancho ; que c'était Sancho luimême qui avait fait croire à son maître qu'elle était enchantée et transformée en paysanne , et que cependant la duchesse n'avait pas laissé de faire croire à Sancho que c'était lui qui se trompait, et que Dulcinée était véritablement enchantée. Enfin on apprit au bachelier tout ce que nous avons déjà vu, et sur le point de son départ , le duc le pria de le revenir voir pour lui apprendre tout ce qui lui serait arrivé avec don Quichotte, qu'il le vainquît ou non, Carrasco partit ensuite , et se mit en quête de don Quichotte , qu'il ne trouva point à Sarragosse ; il passa plus avant , et le trouva enfin à Barcelonne , où il eut sa revanche , comme nous avons