‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 4)Chapitre 23 sur 248 · PARTIE II, LIV. VII, CHAP. XXXVI. J^l · texte numérisé non relu

PARTIE II, LIV. VII, CHAP. XXXVI. J^l

carrosse ; voilà de quoi il s'agit présentement , car aller autrement , c'est se moquer de la barbouillée. En fin finale , tu es femme de gouverneur y regarde à cette heure si quelqu'un te taillera des croupières. Je t'envoie un habit vert de chasse , que m'a donné madame la duchesse ; accommode-le de sorte qu'il y ait un corps et une jupe pour notre maraude. Don Quichotte, mon maître y à ce que j'ai ouï dire en ce pays-ci, est un homme sage et plaisant , mais fou ; et , sans vanité , on tient que je ne lui en cède guère. Nous avons été à la caverne de Montesinos, et ]fi sage Merlin a jeté les yeux sur moi, pour désenchanter Dulcinée du Toboso , qui est celle qu'on appelle vers chez nous Aldonça Lor«nço ; avec trois mille six cents coups de fouet que je me dois donner, moins cinq , que j'ai déjà par-devers moi , elle sera désenchantée, comme la mère qui l'a mise ail monde. Bouche Close sur cela y femme ^ car les uns diraient que c'est du blanc , les autres que c'est du iiioir. J'irai dans quelques jours à mon gouvernement, où j'ai grande envie de me voir pour. amasser de l'argent, car on m'a dit que tous les nouveaux gouverneurs n'avaient point d'autre envie ; je ferai là la guerre à l'œil, et je te manderai s'il faut que tu viennes avec moi ou non. Le grison sç porte à merveilles, et il se recommande à toi et

à nos enfans. Je veux remmener avec moi , et je ne le laisserais pas qaand on m'emmènerait pour être le grand^turc. Madame la Dulcinée te baise mille fois Içs mains ; baille4ui son change avec deux mille autres , puisqu'il n'y a point de marchandises à meilleur marché c|ue les complimens,^ à ce que j'ai ouï dire à mon maître. Dieu n'a pas voulu que je trouvasse encore une bourse de eent écus , comme celle de dernièrement ; êe n'a pas été faute de la checcher ; mais que cela ne te mette pas en peine , Thérèse': celui qui met leleu aux poudres est «nr sûreté , et le gouvernement pourvoira à tout. Il y a pourtant une chose qui m'embarrasse , c'est qu'on me dit que si j'en tâte une fois , je me mangerai les doigts j tant la sauce est friande ; mais je ne saurais qu'y faire, et les estropiés trouvent bien moyen de serrer les aumônes. Tu vois bien , femme , que de façon ou d'autre , tu ne peux|[manquer d'être riche et en bonne fortune. Dieu te la donne bonne comme il le peut , et qu'il me conserve moi pour te servir ! Adieu j de ce château le 20 juillet 1614.

n Ton mari, le gouverneur Sancho Pança. »

Il me semble , dit la duchesse en achevant de lire , que monsieur le gouverneur se trompe ici en deux choses : premièrement en ce qu'il dit , ou donne pour 'le moins à penser , qu'il n'a eu

Page 1