PARTIE II, LIV. Vn, CHAP. XXXVI. ^'J
répandu dans tous les endroits de la terre. Je . voudrais bien, monsieur, répondit don Quichotte , que ce bon religieux qui nous fit voir il y a quelques jours tant d'aversion pour les chevaliers errans , fût témoin de ce qui se passe , afin qu'il vît de ses propres yeux si ces chevaliers sont nécessaires au monde , et le cas qu'on en fait; au moins verrait-il que des personnes extraordinairement affligées, que des gens accablés de malheurs et de disgrâces , ne vont point chercher de remèdes à leurs maux , ni dans les monastères, ni parmi les gens de lettres ; qu'ils ne s'adressent point à des chevaliers lâches et paresseux, qui, contens du nom de chevaliers, n'en ont jamais fait la profession , ni donné aucune marque de courage , et encore moins à des courtisans mous et efféminés , qui cherchent plutôt à compter les actions d'autrui , qu'ils ne pensent à faire des actions qui méritent d'être racontées , et qu'on les consacre à l'éternité ; le ^Tai remède des affligés , le secours des malheureux, la protection des jeunes filles, et la consolation des veuves ne se trouvent jamais si assurément que parmi les chevaliers errans : aussi je rends au ciel des grâces infinies d'avoir eu la bonté de m'appeler à ce noble exercice , et je regarde comme d'heureuses aventures tout ce que j'y ai souffert de travaux et de fatigues, et tout
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ce qui me reste à souffrir. Que cette dame affligée vienne , et demande ce qui lui plaira, je tiens son remède tout prêt dans la force de mon bras, et dans la résolution inébranlable du courage qui le guide.